20.4
Comme les époux Guenoche étaient en retard à cause de la perte du malheureux cochon, lorsqu’ils arrivèrent tout le monde était à table et ils furent émerveillés du grand nombre de plats qui étaient servis. Cela leur sembla d’autant plus étonnant que les nouveaux mariés n’étaient que de pauvres gens comme eux. Ils en eurent bientôt l’explication.
« Vous avez bien fait de venir partager le repas de votre cousin, leur dit-on, car il n’y a que lui pour avoir une pareille chance. Figurez-vous que juste au moment où il était à se demander ce qu’il donnerait à manger à ses invités, un cochon, paré comme pour une noce, est entré chez lui, envoyé sans nul doute par la Providence, pour le tirer d’embarras. »
Jeanne manqua s’évanouir en entendant ce récit. Mais le voisin qui leur racontait cela ne s’en aperçut pas et continua.
« Il l’a bien vite saigné et mis à toutes les sauces. Vous n’avez jamais mangé ni meilleurs boudins ni pareilles saucisses ! Et le lard rôti donc ? Oh ! s’écria-t-il, j’y songerai longtemps, à ce fameux dîner. »
Boniface fit signe à l’Hébétée de modérer son émotion et de manger, comme les autres, ces mets si vantés.
Jeanne était gourmande, aussi fit-elle taire son chagrin en avalant force boudins et saucisses.
Selon l’usage des noces bretonnes, on resta à table toute la vesprée, puis on dansa toute la nuit, et le lendemain on recommença à manger ce qui restait de la veille.
Quand il n’y eut plus rien à prendre, c’est-à-dire quand le tonneau de cidre fut vide et qu’il ne resta même pas un morceau de pain pour les époux, chacun reprit le chemin de son logis.