32.3
À quelque temps de là, il conduisit son cochon à la porte d’une autre ferme et frappa :
Pan, pan, pan !
— Qu’est-là ?
— Mirlificochet, c’est ma.
— Que désirez-vous ? demanda la maîtresse de la maison.
— Je voudrais vous confier mon cochon, pendant que je vais aller faire une course dans un village voisin. Et je ne serai pas longtemps avant de revenir le crir.
— Laissez-le là. Il ne lui sera fait ni bien ni ma.
Le sorcier laissa son cochon et ferma la porte.
Tout à coup une petite fille qui revenait de l’école, ouvrit le husset, et l’animal, qui s’ennuyait au logis, profita du moment où la garçaille entrait pour se sauver à travers champs.
Tout ce qu’on put faire pour le rattraper fut inutile. La vilaine bête s’enfuit dans un bois et ne reparut pas.
Mirlificochet arriva réclamer son bien.
— Vous nous voyez tous au désespoir, dit la ménagère. Ma fille a ouvert la porte et l’animal s’est échappé.
— Comment ! s’écria le devin furieux, mon cochon est perdu ! c’est ainsi qu’on se moque du sorcier ! Eh bien, dit-il à l’enfant, tu vas faire un tour dans ma masure.
Et joignant le geste à la parole, il prit la fillette par les cheveux et la jeta dans le fond d’un grand sac qu’il chargea sur son épaule. Il emporta l’enfant chez lui, en dépit des pleurs de la mère, et même des menaces de tous les serviteurs de la ferme qui n’osèrent cependant pas l’en empêcher.
La pauvre fillette évanouie de peur fut déposée dans la soue au cochon prenant ainsi la place du déserteur. Elle n’eut pour toute nourriture que les vieilles croûtes de pain et les débris de légumes destinés à l’animal.
L’infortunée, pendant tout son séjour chez le sorcier, pria nuit et jour la sainte Vierge de lui venir en aide.
Ses prières ne tardèrent pas à être exaucées.