‹ Contes de l'Ille-et-VilaineChapitre 71 sur 92 · 32.4

32.4

Un matin, Mirlificochet remit l’enfant dans son sac et sortit. Il alla frapper à la porte d’une bonne femme qui, entourée de sa petite famille, était en train de cuire de la bouillie.

Le sorcier lui demanda, comme à l’ordinaire, à lui laisser son sac pour un instant, et la vieille y consentit.

Lorsque la bouillie fut cuite, la bonne femme avec une cuillère de bois remplit six grandes écuelles de terre. Elle fit ensuite un trou dans la bouillie, au milieu de chaque vase, y mit un gros morceau de beurre et dit d’un air satisfait : « Voilà le dîner des ouvriers préparé. Maintenant, ajouta-t-elle, en s’adressant aux enfants, à votre tour, les mioches ; que ceux d’entre vous qui veulent gratter la bassine prennent place tout autour. »

— Moi, je veux bien, dit une voix plaintive qui s’échappa du sac.

— Qui vient de parler là ? s’écria la mère.

— C’est moi, ma marraine ; moi, Yvonnette, votre filleule, qui suis enfermée dans le sac du sorcier.

La vieille courut au sac, l’ouvrit et en fit sortir la petite fille qui, pâle et défaite, se précipita à son cou et demanda sa part de bouillie, car elle mourait de faim.

— Comment te trouves-tu là ? Que t’est-il arrivé ? demandèrent la bonne femme et les enfants.

Yvonne raconta son malheur et ses aventures en versant de grosses larmes.

Sa marraine lui donna bien vite l’un des vases destinés aux ouvriers, en l’engageant à manger pour réparer ses forces. « Je te promets, lui dit-elle, que tu ne retourneras pas chez Mirlificochet. »

En effet, elle cacha sa filleule derrière des fagots, et mit à sa place, dans le sac, un chien très méchant qu’elle avait dans son écurie.

Lorsque le sorcier vint chercher son sac, la bonne femme lui dit de le prendre.

Tout devin qu’il était, Mirlificochet ne s’aperçut pas du tour qui lui avait été joué, et s’en alla ployant sous son fardeau.