‹ Contes des féesChapitre 16 sur 20 · VII

VII

COMMENT ROSE ACCUEILLIT MYRTIL ET DU DISCOURS QU'ELLE LUI TINT

Myrtil s'avançait au milieu Des Colombes, parmi les nues, Et des Abeilles revenues De leur voyage en ce haut lieu, D'où Rose eut le monde en offrande. Mais cette fois le Conquérant, Au monde même indifférent, Trouve enfin que la terre est grande Assez, puisqu'il a retrouvé Rose-Rose et son doux sourire, Et, tel que je l'ai pu décrire, Le Castel qu'il avait rêvé. Et comme il déposait son glaive En s'agenouillant sur le seuil, Rose s'en vient lui faire accueil De ses deux bras et le relève:

--«Heureux le jour où je te vois, Myrtil, heureuses les années Qui rassemblent nos destinées!» Dit-elle. Et le son de sa voix, Limpide comme une fontaine, Est frais comme les belles eaux Où viennent boire les oiseaux Après une course lointaine. «Heureux le songe où je t'ai vu! Et vous, compagnes dévouées De son retour, soyez louées, Abeilles, pour avoir pourvu De tant d'honneur son beau courage, Et pour me l'avoir ramené Aux lieux où notre amour est né, Dans le premier temps de notre âge. Cher époux, tu m'es donc rendu, Mais je n'eus que joie à t'attendre, Puisque je t'ai d'un coeur plus tendre, En toute assurance, attendu: Et cette assurance était telle Et me faisait vivre si fort Que j'eusse attendu sans effort Jusqu'à devenir immortelle! Non, non, les ans n'ont apporté A notre amour aucun dommage, Amour a toujours le même âge, Et t'ai-je seulement quitté! Car, malgré les longues années, Tu vois que sur mon front les fleurs Dont nos noms portent les couleurs, Ne sont point seulement fanées. Viens, Myrtil, donne-moi la main. Et bien que ta vertu connaisse L'arche d'amour et de jeunesse, Je veux te montrer le chemin, Et comment en notre demeure Pour nous un même trône est prêt Où j'avais dit qu'on me verrait Venir jusqu'au jour que je meure!»

Et sur leur trône radieux Ils furent, comme deux statues Augustes et de blanc vêtues, Comme on imagine les dieux Auprès des déesses insignes: Et leurs cheveux en s'argentant Etaient devenus blancs autant Que les colombes et les cygnes: Car, puisqu'il faut vous dire tout En un mot, sachez, je vous prie, (Bien qu'un miracle de féerie Eût été bien mieux de mon goût) Que l'âge en cette conjoncture Avait de même, parait-il, Rendu Rose-Rose et Myrtil Aussi vieux qu'était la nature. Oh! que s'il m'eût été permis, Ainsi qu'aux poètes antiques. De créer des dieux authentiques, Je les eusse en un temple mis Parmi les plus touchants exemples D'amour et de fidélité, Chacun contre l'autre accoté, Sous un dais de pourpre aux plis amples, Tels quels avec leurs blancs habits Ainsi qu'avec les myrtes pâles Changés soudain en fleurs d'opales Parmi des roses de rubis: Car en même temps leurs prunelles Et leur sourire, en vérité, Avaient pris l'immobilité Qui n'est qu'aux choses éternelles!

De cela, vous ne doutez pas, Comme il apparaît, ce me semble, Qu'ils étaient réunis ensemble Et passés de vie à trépas, Dans le petit Castel de cire Qui devint ainsi leur tombeau: Et leur sort m'a paru si beau, Qu'il m'a plu de vous le décrire.