‹ Contes des féesChapitre 5 sur 20 · IV

IV

COMMENT BELLE-MIGNONNE ET LE PAGE PARFAIT FURENT TROUVÉS L'UN PRÈS DE L'AUTRE ENDORMIS

Les Oiseaux avaient leur secret Qui le précédaient par volée, Le menant d'allée en allée, De salon en grotte et retrait. Toute la noble multitude Cueillait des fleurs, chemin faisant, Et l'on parvint, en devisant De solitude en solitude, Jusqu'à l'Antre d'or où, parmi Des fleurs plus blanches que nature, Mignonne, en belle créature, Dormait près du Page endormi.

Le Roi ne contint sa colère Devant ce spectacle nouveau: Tel cas à son royal cerveau Ne pouvait, vraiment, que déplaire. Et tout, dans le premier moment, En voyant ce tableau coupable. Il aurait bien été capable D'ordonner qu'on pendît l'amant. N'était-ce point un pauvre sire, N'ayant sou, ni maille, ni nom, Si mince et petit compagnon Qu'écuyer n'eut daigné l'occire!

Ils étaient pourtant beaux ainsi, Tête contre tête penchée, Chevelure en blonde jonchée, Et bras enlacés à merci. Ils souriaient, et dans leur rêve, Aussi charmant qu'eux et léger, Ils semblaient encor prolonger L'heure aux amants toujours trop brève; Car ils balbutiaient entre eux Des mots si doux de voix si tendre, Qu'aux bois il n'est plus doux d'entendre Ensemble ramiers amoureux. --«Je vous aime, Belle-Mignonne;» --«Je vous aime, Page-Parfait;» Redisaient-ils. Amour de fait Autrement ni plus ne jargonne.

Le bel Amour n'a jamais tort. Le Roi pouvait-il d'aventure Empêcher que, contre nature, Amant aimé fût le plus fort? Contre ouragan, feu, fer et flamme, Contre vent, marée et fureurs, Poisons, serpents, rois, empereurs, Prévaut force aimante de l'âme. Notre Roi donc, bien qu'à regret Et bien qu'il perdit l'assurance Des grands présents qu'en espérance Chaque Prince à sa fille offrait (Ce dont il faisait le décompte), Consentit bien à les unir, Ainsi qu'il devait advenir De la façon que je raconte. Tout bon courtisan approuva, Quoiqu'il en eût de jalousie. Il n'est royale fantaisie Qu'on ne suive comme elle va: Aussi fut-ce chants d'hymenée, Fleurs en bouquets et compliments Autour du réveil des amants Et de leur grand'joie étonnée.

Les noces durèrent trois mois: Il faudrait pour les conter telles Les belles Muses immortelles De Ronsard, le grand Vendomois. Sachez seulement que la Reine Et le Roi n'oublièrent pas De faire prier au repas La malicieuse Marraine.

MORALITÉ

Ce chemin de fleurs peut montrer, Si ma fable vous embarrasse, Qu'Amour laisse après soi sa trace; Et d'où je veux encor tirer Qu'Amour est chose si fleurie. Qu'il ne se peut longtemps cacher, Ni ses belles fleurs empêcher D'être telles qu'on s'en récrie.

SAUGE-FLEURIE