‹ Contes des féesChapitre 6 sur 20 · I

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COMMENT SAUCE-FLEURIE AIMA LE FILS DU ROI

Alors vivait sans crédit ni richesse Une Fée humble et seule; car il est Des rangs parmi ces Dames, s'il vous plaît, Comme, chez nous, de vilaine à duchesse. Bien qu'elle n'eût ni renom ni pouvoir Et qu'elle fut pauvre en sa confrérie, Pauvre jusqu'au besoin, Sauge-Fleurie --Tel est son nom--était charmante à voir. Au bord d'un lac tout fleuri de jonquilles, Elle habitait le tronc d'un saule creux Et ne quittait son réduit ténébreux Plus que ne font les perles leurs coquilles. Mais un beau jour que, chassant par le bois Avec sa meute un superbe équipage, Le fils du Roi menait à grand tapage Du bois au lac un dix cors aux abois, Pour voir les chiens et la belle poursuite Et les pourpoints brillants des cavaliers, Elle quitta son arbre, et des halliers Voyait passer le Prince avec sa suite. Le Fils du Roi, qui saluait déjà (Car c'est de Fée à Prince assez l'usage) En voyant mieux un si charmant visage, S'arrêta court et la dévisagea. Sauge, sans plus se cacher dans les branches, En le voyant si beau, de son côté Le regardait devant elle arrêté, Droit dans les yeux de ses prunelles franches.

Naïf amour par pudeur s'enhardit: Le Fils du Roi baissa les yeux par contre; Chacun s'en fut méditant la rencontre: --Tous deux s'aimaient et ne s'étaient rien dit.