‹ Contes des féesChapitre 8 sur 20 · III

III

COMMENT SAUGE-FLEURIE ALLA TROUVER LE PRINCE EN SON CHATEAU

Or nul pouvoir ne pouvait s'opposer, Malgré l'arrêt de notre Vieille en rage, Au libre emploi de son gentil courage Non plus qu'au choix de son premier baiser. --Sauge, à pied donc comme en pèlerinage, Alla trouver le Prince en son château, Et tout le long de la route un manteau Rude et grossier cacha son personnage. Elle arriva par la pluie et le vent, Sur elle ayant laissé crever la nue; Et, si d'abord fut des gens méconnue, Ne surprit point le Prince en arrivant.

--«Mon coeur, dit-il, vous attendait, Princesse; Du bois au lac, je vous cherchais, ma Fleur, Et fatiguais du cri de ma douleur L'onde et le ciel, n'ayant repos ni cesse.»

--Et ce disant, il se prit à baiser A deux genoux sa main mignonne et fine, Et puis voulut sur l'heure à la Dauphine Présenter Sauge avant de l'épouser: Il lui fit faire un peu de belle flamme Pour la sécher d'abord. Tant de beauté, De naturel et de simplicité En cet état le touchait jusqu'à l'âme. Il fit venir perles, saphirs, rubis, Bijoux montés et beaux luths de Vérone. Il fit de même apporter la couronne Et préparer des merveilleux habits.