5.3
Il y avait sept ans que le pauvre aliboron errait au hasard lorsqu’il entra dans la cour du château de son ancienne bienfaitrice.
La fée, en voyant cet animal pénétrer dans sa demeure comme s’il la connaissait, eut le pressentiment du malheur arrivé à son fils adoptif. De sa baguette, elle toucha l’âne qui redevint le beau jeune homme d’autrefois.
Bien que le mari de la princesse ne fût pas méchant, un désir de vengeance lui vint au cœur. Aussi, un jour qu’il traversait la forêt dans laquelle il s’était endormi, il remplit ses poches de racines d’asphodèles, et continua sa promenade vers la ville.
Dirigeant ses pas vers le palais, il apprit que sa femme donnait un grand dîner, et qu’elle était dans ses appartements à faire sa toilette. Il se rendit près d’elle, la reconnut à peine tant elle avait engraissé et vieilli. Elle, au contraire, s’extasia sur sa bonne mine et lui demanda d’où il venait.
— J’arrive, dit-il, d’un pays où l’on trouve une plante qui conserve la jeunesse et rend la beauté quand on l’a perdue.
— Oh ! vous eussiez bien dû nous en apporter, s’écria la femme de chambre présente à l’entrevue, et qui avait toujours été la mauvaise conseillère de la princesse.
— Je ne vous ai point oubliées, et la preuve c’est que voici les racines de la plante en question.
Toutes les deux voulurent en manger et furent aussitôt changées en ânes. Le prince les fit conduire dans les écuries du palais et alla prendre place à la table du festin.
Comme l’on s’étonnait de la disparition de sa femme, il raconta la transformation qu’il avait subie, et la punition qu’il venait d’infliger.
Le dîner terminé il envoya chercher un meunier auquel il dit :
— Voici deux ânes que tu conserveras pendant sept ans, ne les ménage pas, fais-les travailler, fouaille-les s’ils sont paresseux, et fais en sorte de me les rendre dociles et soumis. »
Au bout de sept années, on lui ramena les deux vieux ânes étiques qui, au moyen de la baguette de la fée, reprirent leur première forme, et devinrent deux personnes bien sages et corrigées de leurs défauts.
(Conté par Thurette Gautier du village
de la Fresnais, commune de Bain.)
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