‹ Contes du Pays GalloChapitre 17 sur 78 · 3.1

3.1

Il y avait une fois un pauvre homme qui avait autant d’enfants qu’il y a de trous dans un crible, et sa femme, encore enceinte, lui en promettait, sans doute, beaucoup d’autres.
Comme il était dans une misère extrême, il se demandait s’il trouverait un parrain et une marraine pour nommer son prochain enfant, et quelqu’un pour sonner les cloches le jour du baptême.

Le malheureux se lamentait, lorsqu’il rencontra une belle dame qui lui demanda la cause de son chagrin.

— Hélas ! dit-il, j’ai eu tant d’enfants que je ne sais plus à qui m’adresser pour trouver un parrain et une marraine pour nommer le nouvel être que ma femme doit bientôt mettre au monde, et quelqu’un qui consente à sonner les cloches à son baptême.

— Rassurez-vous, brave homme, répondit-elle, je serai la marraine de cet enfant auquel il ne manquera rien. Lorsqu’il sera né vous demanderez la demeure de la dame du château aux quatre piliers d’or, et vous viendrez me prévenir de l’événement.

Le bonhomme satisfait, s’en retourna chez lui et apprit à sa femme la rencontre qu’il venait de faire. Celle-ci fut ravie à son tour, et ne tarda pas à donner le jour à un garçon.

Le père s’enquit de la demeure de la dame du château aux quatre piliers d’or, et on la lui indiqua.

C’était un palais, une merveille que la résidence de cette grande dame qui se rendit aussitôt à l’église pour tenir son filleul sur les fonts baptismaux. En voyant une aussi belle et aussi riche personne, c’est à qui voulut être parrain du nouveau-né.

La cérémonie terminée, la dame demanda au sonneur de cloches ce qu’elle lui devait.

— Ce que vous voudrez, madame.

Connaissant son avarice, elle lui donna deux sous, au grand désappointement de l’homme qui avait d’abord refusé de prêter son concours.

L’enfant avait reçu le prénom de Jean. Sa marraine dit aux parents : « Gardez près de vous votre fils, soignez-le bien jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge de sept ans, époque à laquelle je me chargerai de son éducation. »

Ces recommandations furent exécutées et quand petit Jean – c’est ainsi qu’on l’appelait – eut sept ans, sa marraine vint le chercher, et l’emmena dans son château.

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