6.1
Un jour, un pêcheur retira de la rivière une magnifique anguille.
Comme il s’apprêtait à la mettre dans son sac, elle lui dit :
— Brave homme, si tu voulais me laisser la vie, je ferais ton bonheur.
Le pêcheur, tout surpris d’entendre un poisson parler, lui répondit :
— J’y consens ; mais que m’offriras-tu pour récompense ?
— Je te donnerai la fortune, et pour cela je vais aller chercher au fond de l’eau une clef dont je t’indiquerai l’usage.
Elle plongea et revint presque aussitôt apportant une petite clef d’or.
— Prends ce bijou, lui dit-elle, et rends-toi dans la forêt voisine. Tu y trouveras un vieux château en ruines. Cherche la plus petite des pièces de cette habitation. Écarte les ronces et les plantes grimpantes qui en tapissent les murs, et tu ne tarderas pas à découvrir une porte ornée d’une serrure d’un travail remarquable. Ta clef, seule au monde peut y entrer. Tu ouvriras cette porte, et un escalier sombre s’offrira à ta vue. Descends-le sans crainte, il te conduira dans un souterrain où sont cachés des immenses trésors. Ces richesses m’appartiennent, et je te permets d’y puiser à pleines mains. Seulement j’y mets une condition : c’est que tu ne révéleras leur existence à personne.
— Sois sans inquiétude, dit le pêcheur, je me donnerai bien garde d’en parler à âme qui vive.
— Tant mieux pour toi, car autrement tu redeviendrais aussi pauvre qu’aujourd’hui.
Après cette conversation, l’anguille se glissa entre les roseaux et disparut dans la vase.