‹ Contes du Pays GalloChapitre 25 sur 78 · 6.2

6.2

Le bonhomme, après avoir admiré sa ravissante petite clef, voulut, le jour même, s’assurer qu’il n’était pas l’objet d’une mystification.

Il se rendit dans la forêt, et trouva sans peine le château en question, la petite pièce désignée par l’anguille, la porte fermée par une serrure en argent d’un travail délicieux et qui devait être, sans aucun doute, l’œuvre d’une fée. Bien que fermée depuis des siècles, la porte s’ouvrit, comme par enchantement au contact de la clef, sur un escalier de pierre, qui semblait se perdre dans des profondeurs infinies.

Le pêcheur, se rappelant les paroles du poisson, s’aventura sans trop d’hésitation et descendit dans un souterrain éclairé par des diamants et des pierres précieuses.

Là, sur des dalles de marbre blanc, sept grandes tonnes, montant jusqu’à la voûte du souterrain, étaient alignées au milieu d’une pièce. Une échelle, appuyée sur chacune d’elles, permettait d’en atteindre le sommet.

Le bonhomme y grimpa et se pâma de joie en les voyant, toutes les sept, pleines de pièces d’or du haut en bas. Il en remplit ses poches et s’en retourna en faisant sonner les louis entre ses doigts.

Malheureusement pour lui, il était marié, et sa femme, voyant ses prodigalités et l’or couler à flot, bien qu’il eût cessé de travailler, conçut tous les soupçons que son imagination put inventer. Un jour, elle croyait qu’il avait commis quelque mauvais coup pour s’emparer de la fortune de quelqu’un ; un autre, qu’il avait vendu son âme au diable. Elle questionnait son mari à tout moment afin de savoir d’où lui venait cette fortune, et n’obtenant aucune réponse, ou des raisons qui ne la satisfaisaient pas, sa vie devint un long supplice, ses nuits ne furent plus qu’un cauchemar, au point que son mari, qui avait pour elle beaucoup d’affection, s’en alarma, et tracassé, ennuyé, finit par lui dire la vérité.

La femme du pêcheur ne put garder le secret, et s’en alla le divulguer à toutes les commères du village.

Ce ne fut bientôt qu’une procession dans la forêt pour découvrir les ruines du château et les souterrains remplis d’or. Tout fut bouleversé, toutes les pierres furent retournées, et personne ne trouva rien. Le pêcheur, lui-même, s’aperçut que sa clef avait disparu et ne put retrouver trace des ruines qu’il avait cependant l’habitude de visiter si souvent.

Le dernier louis d’or étant dépensé, force lui fut de recommencer son métier.

Page 1