‹ Contes du Pays GalloChapitre 39 sur 78 · 8.3

8.3

Il faut avoir visité les plus misérables hameaux de la Bretagne, pour se faire une idée d’une pareille demeure. Cette pièce était située sous le toit de la cabane couverte en chaume, et l’humidité suintait le long des murs au milieu des toiles d’araignées. Sur le plancher çà et là des flaques d’eau. Des châtaignes, des pommes de terre, des glands, des oignons formaient de petits tas dans lesquels se jouaient les rats et les souris. La porte n’avait ni serrure, ni verrou.

Bientôt, au-dessous d’elles, des voix nombreuses, des chants, des disputes, des blasphèmes se firent entendre. Ces bruits se prolongèrent très tard dans la nuit. Annette mourait de peur.

Harassées de fatigue, les voyageuses finirent cependant par s’endormir.

En bas, les buveurs s’en allèrent les uns après les autres, et bientôt le père Quoue-de-loup se trouva seul. Il était près du foyer, la tête entre les mains, se parlant à lui-même : « Oui, disait-il, Jérôme a raison, je suis trop connu dans ce pays, il m’arrivera malheur. Mes vols seront découverts, et si je reste ici, à la moindre affaire je serai arrêté. Mais pour fuir, il faut de l’or, et je n’en ai pas. Allons ! du courage ! Les étrangères ont des bagues, des diamants, une bourse bien garnie, il me faut tout cela ! »

Son œil brilla d’une façon étrange. Il ôta ses sabots, ouvrit doucement une vieille armoire, et prit un long couteau qu’il examina avec attention.

Un instant après, il avait monté l’escalier et écoutait à la porte du grenier où reposaient les voyageuses. Elles dormaient profondément. Le bruit de leur respiration, seul, se faisait entendre.

Il poussa doucement la porte.

La pluie avait cessé de tomber, au dehors la lune brillait même d’un vif éclat, et sa lueur, passant à travers une petite lucarne, laissait voir Annette et sa mère enlacées l’une à l’autre.

Sans hésitation, comme un homme habitué depuis longtemps au crime, l’assassin s’avança vers le lit, leva le bras et frappa de toute sa force les deux malheureuses femmes.

La lune, cachée par un nuage, avait cessé de briller. Quand elle reparut et qu’elle éclaira de nouveau cette terrible scène, Mme de la Silandais et sa fille, saines et sauves, étaient assises sur le lit, et le vieillard, à genoux, sanglotait à leurs pieds.

La lame du couteau avait rencontré la médaille de sainte Anne, attachée au cou de l’enfant, et s’était brisée comme du verre. De plus, le bras de l’assassin était paralysé, la main crispée sur l’arme.

Quand le jour parut, le misérable, saisi d’épouvante, alla lui-même se livrer à la justice, et les voyageuses regagnèrent leur demeure, en bénissant Dieu d’un pareil miracle.

(Cette légende nous a été racontée, dans notre enfance, par Melle Angélique Morel Bois-Greffier, alors âgée de 72 ans, morte depuis longtemps, petite-fille de Mme Morel de la Silandais, née Chantal.)

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