11.1
Lors d’une croisade en Terre Sainte, un jeune homme de la paroisse de Pléchâtel fut un des premiers à s’enrôler.
C’était un pauvre cadet de famille, du nom de Louis du Plessis, qui n’avait rien à espérer de la succession de ses pères, et qui, pour ce motif, s’était vu refuser la main de la belle Jeanne de la Driennays, sa voisine.
Il habitait le manoir du Plessis-Bardoul, sur la rive gauche de la Vilaine, non loin du rocher d’Uzel, et celle qu’il aimait demeurait à la Driennays, de l’autre côté de la rivière, près du bourg de Saint-Malo-de-Phily.
Jeanne, elle aussi, aimait Louis.
Les deux familles vivaient en bonne intelligence, et se voyaient fréquemment. Jeanne, fille unique, avait perdu sa mère de bonne heure et avait, pour ainsi dire, été élevée par Mme du Plessis.
L’amour des deux enfants était né presque en même temps qu’eux, et avait grandi avec les années.
Cependant, hélas ! le seigneur de la Driennays, riche et avare, n’entendait pas marier sa fille à un cadet de famille, et les jeunes gens comprirent qu’ils ne vaincraient jamais sa résistance, que les plus beaux raisonnements viendraient se briser contre l’entêtement du vieillard. Celui-ci avait, d’ailleurs, choisi pour gendre un gentilhomme des environs pour le moins aussi riche que lui.
Le chagrin des deux enfants était navrant et, sans les idées chrétiennes dont Louis était animé, il eut, certes, songé à en finir avec la vie. Aussi apprit-il, presque avec joie, la croisade projetée, et peut-être même espéra-t-il ne jamais revenir de Palestine.
Lorsqu’il fit part de sa détermination à sa famille, sa mère pleura à l’idée de se séparer de son fils ; mais cependant comme la cause qu’il allait défendre était noble et louable, elle ne chercha pas à l’en détourner.
Son père lui fit don d’une longue rapière, fine lame qui avait été bénite autrefois par un saint de Bretagne, et qui était encore teinte du sang de l’ennemi.
Louis fit ses adieux à Jeanne et à son père et, après avoir pris congé des siens, partit suivi d’un jeune paysan qui, pour ne pas quitter son maître, lui proposa de l’accompagner en qualité d’écuyer.
Du reste, à cette époque des croisades, la foi était vive dans tous les cœurs.