‹ Contes du Pays GalloChapitre 45 sur 78 · 11.3

11.3

C’était la fin de l’automne, l’époque des jours courts et brumeux. Le mariage de Jeanne était proche, et la tristesse de Louis augmentait.

Un soir qu’il revenait de la chasse, plus morose et plus malheureux que jamais, son domestique rompit le silence le premier – ce qu’il n’avait pas encore fait – et dit :

— Maître, j’ai une communication à vous faire.

— Parle, répondit Louis, distrait.

— Je ne puis le faire ici. Il faut que vous vous laissiez conduire par moi quelque part.

— Marche, je te suis.

Le Sarrasin s’en alla à travers les landes où de grandes pierres grises, ressemblant à des croix, se dressaient au-dessus des ajoncs.

S’approchant de l’une de ces pierres, qui sembla reculer devant lui, un souterrain apparut sous les pieds de l’homme noir qui y descendit après avoir allumé une lanterne qui se trouvait placée dans une cavité de mur.

Louis, sans hésiter, le suivit. Ils marchèrent d’abord dans la boue, car l’eau suintait le long des roches. Bientôt ils gravirent plusieurs escaliers étroits et rapides, puis arrivèrent enfin dans une chambre ressemblant à la demeure d’un sorcier.

Il y avait une forge dans un coin, et sur une table des instruments de toutes sortes et de toutes formes. Des pépites d’or étaient sur un fourneau et des pièces du même métal brillaient çà et là.

Louis, de plus en plus surpris, dit enfin à l’homme noir :

— Où sommes-nous ici ?

— Dans une arrière-grotte du rocher d’Uzel.

— Chez qui ?

— Chez moi.

— À qui cet or ?

— À toi si tu le veux. (C’était la première fois qu’il tutoyait son maître.)

— Qui donc es-tu ?

— Satan.

Louis, un peu troublé à cette réponse, se remit cependant et reprit :

— Que veux-tu que je fasse de cet or ?

— Porte-le au vieil avare de la Driennays, afin de devenir son gendre.

— Qui t’a dit que j’aimais Jeanne ?

— Je l’ai deviné.

Louis du Plessis contemplait ces tas d’or et se disait : « C’est vrai, avec cela je pourrais sans doute l’épouser. »

— Quelles sont tes conditions ? demanda le pauvre amoureux, qui supposait bien que le diable ne lui donnerait pas son or gratuitement.

— Prends cette fortune, répondit Satan, fais-en ce que tu voudras ; mais épouse Jeanne qui, dans dix ans, cessera d’être ta femme parce qu’elle m’appartiendra, et je viendrai la chercher ici, sur le haut de ce rocher.

— Tais-toi, misérable ! Jeanne t’appartenir ! Oh ! jamais, jamais ! Garde ton or, et laisse-moi sortir d’ici.

Satan toucha une pierre qui tourna aussitôt sur elle-même, et laissa pénétrer une bourrasque de vent. Louis sortit, et se trouva dans les grottes connues du rocher d’Uzel.

— Tu as huit jours pour réfléchir, lui cria le diable ; ce délai expiré, tu ne me verras plus. Pendant huit nuits je t’attendrai au pied du rocher.

À partir de ce moment, le Sarrasin ne reparut pas au Plessis, mais Louis le rencontra souvent dans ses promenades solitaires. Lorsque ce dernier songeait aux monceaux d’or de la grotte, Satan lui apparaissait immédiatement, tantôt à califourchon sur un talus, tantôt assis au pied d’un arbre, dans les clairières du bois, ou bien encore adossé aux pierres grises des landes. Partout il le trouvait, presque au même instant, dans les endroits les plus opposés.

Page 1