‹ Contes du Pays GalloChapitre 5 sur 78 · 4.1

4.1

Le père et la mère Giboire, vieux et usés par les privations et les fatigues, habitaient une chaumière presque en ruines au village des Riais, dans la paroisse de Bain.
N’ayant pour toutes ressources que le produit d’un petit courtil et d’un champ qu’ils cultivaient, ils en étaient souvent réduits, lorsque la récolte venait à manquer, à ne manger, pendant une partie de l’année, que des pommes ou des châtaignes tombées des arbres et recueillies dans les chemins.

Dieu leur avait cependant donné trois fils, dont deux, déjà grands, auraient pu leur venir en aide. Mais non, c’étaient deux fainéants qui dépensaient au cabaret le peu d’argent qu’ils gagnaient.

Le troisième, meilleur que ses aînés, et animé de bonnes intentions, était malheureusement trop jeune pour seconder ses parents comme il l’aurait désiré.

Le père et la mère Giboire travaillèrent tant qu’ils purent, et suèrent sang et eau pour faire face aux besoins les plus pressants de la vie ; puis, la vieillesse arrivant, ils succombèrent à la peine, et moururent en laissant autant de dettes que la valeur du bien qu’ils pouvaient posséder.

Lorsque la succession fut liquidée, il ne resta rien aux enfants qui se virent obligés d’aller au loin chercher du travail.

Ils partirent ensemble, emportant seulement quelques nippes enveloppées dans un mouchoir de poche au bout d’un bâton.

Après avoir marché quelques jours, en grignotant le dernier morceau de pain qui leur restait, et sans trouver d’ouvrage, car le moment de la récolte des grains n’était pas encore venu, ils arrivèrent à un carrefour où trois chemins se bifurquaient.

Le jeune des trois voyageurs, plus avisé que les autres, fit cette juste réflexion : « Nous marchons depuis plusieurs jours, allant de ferme en ferme, sans trouver à nous placer. Si nous continuons ainsi, ce sera toujours la même chose. En nous voyant trois on nous refuse de la besogne, tandis qu’un seul serait peut-être accepté.

En conséquence, le parti le plus sage, à mon avis, serait de nous séparer ici. »

Ce conseil fut adopté.

Le jeune homme ajouta : « Voici trois chemins qui s’offrent à nos yeux. Que chacun de nous en prenne un, et s’en aille à la grâce de Dieu. Mais avant de nous quitter, jurons de revenir ici dans sept ans. Riche ou pauvre, heureux ou malheureux, aucun de nous ne devra manquer au rendez-vous. »

Tous y consentirent et firent, pour être certains de ne pas se tromper d’endroit, plus tard, une croix avec leurs couteaux, sur l’écorce d’un vieux chêne dont la tête dominait tous les autres arbres du voisinage.

Cette opération accomplie, les trois frères se séparèrent.