‹ Contes du Pays GalloChapitre 60 sur 78 · 21.3

21.3

À quelque temps de là, l’un des voleurs se rendit chez le cordonnier pour faire recoudre des guêtres, et lui demanda s’il était capable de faire ce travail convenablement.

— J’en ai fait un, l’autre jour, plus difficile que cela.

— Quel travail délicat as-tu donc fait ?

— J’ai recousu un mort qui avait été coupé en deux.

— Pourrais-tu me conduire chez la personne qui t’a fait faire cet ouvrage ?

— Non, attendu qu’on m’y a conduit avec un bandeau sur les yeux.

— Est-ce ici même, dans le bourg de Saint-Sulpice ?

— Oui.

— Combien as-tu mis de minutes pour y aller ?

— Dix, tout au plus.

— Voici une pistole que je te donne, et viens avec moi tâcher de trouver cette maison.

Ils parcoururent ensemble le bourg et tout à coup, le savetier s’arrêta en disant :

— Ce doit-être ici, car je me souviens qu’il y avait trois marches à monter pour entrer dans la maison.

— C’est bien, répondit le voleur, et il marqua d’une croix rouge la porte aux trois marches qui était, en effet, celle de l’ancien chercheur de bois.

Ce dernier, devenu riche, avait pris à son service une servante extrêmement rusée. Aussi, dès qu’elle vit la croix rouge sur la porte elle supposa bien que ce signe n’avait pas été fait sans intention, et elle s’empressa de marquer de la même manière les trois autres maisons de la rue.

La nuit suivante, les brigands vinrent pour assaillir la maison à la croix, et furent fort étonnés d’en trouver quatre ayant une croix.

La servante, qui faisait le guet, entendit le chef dire à ses compagnons : « Nous sommes joués, et peut-être attendus. Décampons, je me vengerai d’une autre façon. »

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