21.2
La famille du malheureux pendu le chercha longtemps, sans découvrir ce qu’il était devenu.
Jean Cheminet se dit un jour : « Bien que mon frère soit riche, n’aurait-il pas eu l’idée de dérober aux voleurs une part de leur fortune ? »
Il attacha deux paniers aux flancs de son cheval, comme il avait l’habitude de le faire quand il allait chercher du bois mort en forêt, et se dirigea vers la demeure des brigands.
Un frisson d’horreur le secoua, de la tête aux pieds, en apercevant les deux morceaux du cadavre de son frère qui se balançaient aux branches des arbres. Il les décrocha, les mit dans ses paniers, qu’il recouvrit de bois mort, et rentra chez lui.
Le lendemain, il se déguisa en bûcheron et alla chez un savetier du bourg, auquel il tint ce langage :
— Veux-tu gagner trois pistoles ?
— Je ne demande pas mieux.
— Voici mes conditions : Je vais te bander la vue et t’emmener quelque part, où tu auras le corps d’un homme à recoudre, avant qu’on l’enterre. Acceptes-tu ?
— Je suis prêt à vous suivre.
Le faux bûcheron banda les yeux du savetier, et le conduisit chez lui où il lui montra le cadavre qu’il devait coudre.
L’ouvrier fit consciencieusement son travail, et reçut le salaire promis. Il eut de nouveau la vue bandée, et fut reconduit à son domicile.