‹ Contes du Pays GalloChapitre 7 sur 78 · 4.3

4.3

Louis ne se coucha pas et resta en prières jusqu’au lever du jour. Puis, armé seulement d’un bâton, il se dirigea vers la forêt.

Chemin faisant, il rencontra une petite vieille, courbée par les ans, qui lui demanda la charité.

— Ma pauvre femme, lui dit le voyageur, vous vous adressez mal, car je ne suis pas riche. Il ne me reste que quelques sous. Je vous les offre de grand cœur, d’autant plus que bientôt, je crois, je n’aurai plus besoin d’argent.

— Et pourquoi cela ? jeune homme, reprit la vieille d’un air intrigué.

— Parce que je vais combattre une fée et un dragon qui, paraît-il, ne ménagent pas leur monde.

— Et dans quel but cette entreprise audacieuse ?

— Pour rendre, à un pauvre fermier, les vaches qui lui ont été dérobées.

— Cette action est louable ; mais ce fermier n’a-t-il pas une fille ?

— Si, la belle Môna.

— N’est-ce pas plutôt pour obtenir la main de cette jeunesse ?

— Peut-être aussi, répondit le jeune homme en souriant.

— Je l’avais deviné, mon garçon, car Môna est bien la meilleure et la plus douce créature du monde, et il est difficile de la voir sans l’aimer.

« Cependant il ne faut pas que l’amour vous aveugle, et vous fasse vous illusionner sur le danger que vous allez courir. La fée Perverse vous tendra des pièges qu’il faudra éviter, et son dragon a des dents qui ont croqué des gaillards plus solides que vous. »

— Possible, répondit le Breton ; mais j’essaierai néanmoins.

— Puisque votre détermination est inébranlable, écoutez ce que je vais vous dire, car moi aussi je suis fée et, comme vous m’intéressez, je pourrai peut-être vous donner quelques conseils.

Louis la remercia avec effusion, et la pria de lui dire comment s’y prendre.

« Lorsque vous arriverez sur la lisière de la forêt, reprit-elle, vous rencontrerez Perverse, qui vous demandera ce que vous cherchez. Vous lui répondrez que vous êtes venu en ces lieux pour y trouver la fleur qui a le pouvoir de déjouer les sorts.

« Elle vous proposera de vous montrer cette plante, et voudra vous faire passer devant elle. N’y consentez pas, car il y va de votre vie.

« Elle vous conduira ensuite au bord d’un précipice, près duquel elle vous dira de vous pencher pour saisir la fleur qui croit entre les pierres de l’abîme. Pour tout au monde ne le faites pas, inventez un prétexte quelconque, mais refusez.

« Peut-être, pour vous tenter, se penchera-t-elle, elle-même, afin de vous démontrer combien c’est facile. Ce sera alors le moment propice pour la saisir et la jeter dans le vide. Si vous réussissez, ce que je souhaite, vous aurez purgé le monde d’un monstre, car elle tombera dans l’endroit où se tient le dragon qui, la prenant pour une proie, se jettera dessus et la dévorera.

« Vous chercherez ensuite un petit sentier détourné, qui conduit au fond du ravin dans lequel le dragon repu dormira. Si vous êtes adroit, vous l’assommerez facilement.

« Allez, lui dit-elle, et que les dieux vous aident. »