31.3
Lorsque le rouet fut monté et placé dans la chambre de Marie, le lutin lui dit :
« Chère enfant, ce rouet est le trésor promis par ta vieille amie. Tu n’auras qu’à changer la quenouille de laine, et aussitôt elle sera convertie en écheveaux dont tu trouveras facilement le placement.
« Quant à moi, ajouta-t-il, je vais redevenir invisible, néanmoins, je ne te quitterai pas, et je veillerai sans cesse à ton bonheur. »
L’ouvrière eut un véritable chagrin de voir disparaître le bon petit nain ; mais elle comprit qu’il avait sans doute ses raisons pour agir de la sorte et, ne voulant pas être indiscrète, elle se contenta de le remercier de tout ce qu’il voulait bien faire pour elle.
Le rouet ne s’arrêta ni jour ni nuit. La laine n’était pas plus tôt sur la quenouille qu’elle était immédiatement changée en écheveaux que les acheteurs se disputaient. Chaque jour ils en offraient un prix plus élevé.
L’aisance revint promptement dans le ménage de la fillette. Elle racheta la croix de sa mère, du linge, des hardes, des meubles et refit son nid plus chaud qu’il n’était avant l’arrivée de la sorcière.
Ses voisins s’étonnèrent du bien-être de Marie et en cherchèrent la cause.
Les plus curieux imaginèrent un prétexte pour s’introduire chez la jeune fille, et l’un d’eux, plus malin que les autres, découvrit qu’elle avait un rouet qui tournait tout seul.
Le bruit s’en répandit promptement. On crut à un sortilège, et la pauvre enfant fut en butte, à son tour, à la jalousie et à la méchanceté des gens du village.
Les plus osés l’insultèrent, mais furent terriblement punis : ils furent paralysés, les uns de la langue pour avoir dit des injures, les autres du bras pour avoir menacé. Malgré tout ce que put faire Marie près du lutin pour leur rendre la santé, car son bon cœur leur avait pardonné, ils restèrent ainsi un an et un jour.
Cette leçon leur profita. À partir de ce moment, les plus exaspérés se calmèrent et personne n’osa plus rien dire.
Comme l’ouvrière était bonne avec tout le monde, compatissante avec les affligés, généreuse avec les pauvres, on supposa bien qu’elle n’avait pas vendu son âme au diable, et l’on finit, sinon par l’aimer, du moins par l’accueillir convenablement partout.
D’ailleurs avec les années elle était devenue riche et son rêve s’était réalisé. Elle avait créé un atelier important, de nombreuses ouvrières travaillaient autour d’elle. La maison qu’elle occupait lui appartenait, ainsi que plusieurs pièces de terre autour du hameau.
Tous les pères de famille l’enviaient pour leurs fils, et le père du beau meunier lui-même y songeait depuis longtemps.
Or un matin, le vieillard s’en alla demander la main de Marie pour son gars. Il fit valoir sa fortune, les qualités de son fils Louis, et n’eut pas trop de peine à décider la jeune fille à devenir sa bru. Louis était, d’ailleurs, un honnête garçon que Marie aimait de toute son âme.
Les fiançailles eurent lieu et la noce les suivit de près.
Le matin de cet heureux jour, de nombreux invités se réunirent chez la mariée. Les violons partirent en tête et tous les couples défilèrent les uns après les autres. Les filles avaient des tabliers rouges qui faisaient aboyer les chiens sur les portes. Les oies et les canards eux-mêmes cessaient de barboter pour regarder passer la noce.
Les jeunes époux furent très heureux. Ils eurent de nombreux enfants que le petit nain continua d’enrichir, car il ne cessa de tourner son rouet qu’à la mort de Marie qui vécut jusqu’à quatre-vingt-quinze ans.
(Conté par le père Manuel, facteur rural
de Bain à Pléchâtel.)
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1.Grenier.
2.Queue de loup, sobriquet du pays à cause de sa longue chevelure.
1.Cette chapelle, nous dit le batelier, se trouvait située à la même place que celle que l’on voit aujourd’hui, et portait le même nom, ce qui n’est pas probable, puisque celle-ci fut édifiée beaucoup plus tard, par un membre de la famille du Bouëxic qui, ayant couru un grand péril en Espagne, avait fait le vœu d’élever, sur ses terres, une chapelle en l’honneur de Notre-Dame du Mont-Serrat.
1.Noyée.
1.Le conte de Jean Diot, de Jean l’Innocent, de Jean l’Hébété a été publié bien des fois ; mais les variantes sont tellement nombreuses que nous n’hésitons pas à donner celui-ci.
2.Chercher.
3.Julienne.
4.Ce dialogue, dont nous donnons ci-dessous la traduction, sert d’entrée en matière à tout jeune gars qui va faire une demande en mariage :
— Bonjour, diront-ils.
— Bonjour dirai moi ; viens flairer savoir si Fille à vous sera femme à moi ?
— Bien de l’honneur nous faire, diront-ils.
— L’honneur est devers moi, dirai moi.
1.Économies.
1.Brouette tournée à l’envers.
2.Aigre.
3.Cerises.
4.Queue.
5.Vase en terre.
6.Café.
1.Chandelle de résine.
1.Sorte de mare servant de lavoir dans les villages.
2.Bas, chaussettes.
3.Sculpté
4.Chercher
Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.