‹ Contes du Pays GalloChapitre 9 sur 78 · 4.5

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Le jeune Breton resta quelques instants stupéfait de ce qui venait de lui arriver. Enfin, peu à peu, reprenant son sang-froid, il chercha le chemin qui devait le conduire près du dragon. Il le trouva sans peine, et descendit un sentier taillé dans le rocher, et suffisamment large pour permettre à des vaches d’y passer puisque le pied de ces animaux était encore empreint sur le sol.

Il suivit ce sentier, et arriva à l’entrée du repaire habité par le monstre. Des tas d’os se voyaient près de l’affreuse bête qui dormait après avoir dévoré sa maîtresse. Elle était là, digérant son repas, plongée dans un abrutissement complet.

Pris d’une frayeur soudaine en contemplant cet animal redoutable, il fut sur le point de s’enfuir ; mais, songeant à Môna la jolie fille du fermier, il s’avança et, brandissant son terrible bâton de houx, il en appliqua un si vigoureux coup sur la tête du dragon que celui-ci roula par terre.

L’animal n’était cependant qu’étourdi. Il se releva et poussa un gémissement terrible qui fit retentir tous les échos du bois.

Louis, plus mort que vif, ne lui laissa pas le temps de se remettre ; et, le frappant une seconde fois, il le fit retomber baigné dans son sang. Les coups se succédèrent avec tant de rapidité que le monstre finit par rendre le dernier soupir.

Il était temps, car le pauvre garçon, à bout de forces, le corps couvert d’une sueur froide, perdit connaissance et s’affaissa près de sa victime.

Lorsqu’il revint à lui, il faisait nuit, et il était trop tard pour quitter ces lieux. Tout à coup il entendit le son de plusieurs clochettes, et quel ne fut pas son étonnement en voyant venir sept magnifiques vaches, au poil luisant, d’une taille extraordinaire et qui, habituées sans doute à être amenées là, chaque soir par la fée, arrivaient d’elles-mêmes chercher un abri.

Le jeune garçon, qui n’avait rien mangé depuis le matin, se mit à les traire dans une auge de granit qui semblait faite exprès pour la circonstance et qui, bien que contenant près de sept tonnes, fut remplie dans un instant.

Il but à discrétion le lait chaud des vaches et, brisé de fatigue, s’endormit bientôt sur un lit de fougères.

Le lendemain, au point du jour, Louis se réveilla et s’empressa de chasser les vaches devant lui, en cherchant à s’orienter dans la forêt.

Il retrouva le chemin que, la veille, il avait parcouru en compagnie de la fée, et arriva sans encombre vers le milieu du jour à la ferme où on le croyait déjà mort.

Qu’on juge de la joie de tout le monde en présence de ce miracle inespéré.

Le fermier ne se lassait pas d’admirer ses vaches qu’il ne reconnaissait pas, tant elles étaient belles et fortes ; mais sa surprise fut plus grande encore, quand il vit que chacune d’elles donnait une tonne de lait par jour, ce qui ne s’était jamais vu.

Môna, de son côté, se faisait raconter sans cesse le voyage du jeune homme, sa rencontre avec la fée bienveillante, les conseils qu’elle lui avait donnés, les ruses de Perverse, sa chute dans le précipice et la mort du dragon. Puis elle s’extasiait sur le courage du Breton.

Celui-ci ne tarda pas à se faire remarquer par son travail, ses connaissances des biens de la terre, son entendement et sa bonne conduite, aussi le fermier lui dit-il bientôt qu’il était disposé à lui donner sa fille.

Môna ne s’y opposa point, bien le contraire, et les noces se firent à bref délai.

Elles furent magnifiques et durèrent quinze jours. Il y eut plus de trois cents invités.

Marie Lapique, du bourg d’Orgères, près Rennes, qui nous a dit ce conte, nous a assuré que dans sa jeunesse elle avait gardé les vaches du fermier.

« J’ai même assisté, ajoutait-elle, aux noces de Môna. Je fus chargée de faire rôtir les viandes de la noce ; mais, comme j’étais gourmande, tout en tournant la broche je trempais de temps en temps les doigts dans la sauce pour les lécher ensuite. Malheureusement je fus aperçue et l’on me chassa impitoyablement. J’en eus bien du regret, car j’aurais sans doute eu ma part des bonnes choses qui y furent mangées. »

Il est vrai de dire que Marie Lapique, morte depuis longtemps, était un peu folle, et si vieille, si vieille, que personne ne connaissait son âge, ni elle non plus.

Le bon Dieu bénit le ménage des jeunes époux car ils eurent de nombreux enfants, beaux et bons comme leur mère et braves comme leur père.

Les sept ans écoulés depuis la séparation des trois frères, Môna à laquelle son époux avait raconté sa vie, l’engagea à aller voir ce qu’étaient devenus les deux autres voyageurs.

Louis se rendit au carrefour où ils s’étaient donné rendez-vous.

Il y arriva le premier. Bientôt il vit venir, par des chemins différents, deux mendiants en haillons, la besace sur le dos, qu’il prit d’abord pour des étrangers tant ils lui parurent vieux.

Son cœur tressaillit cependant à leur approche et, les examinant de plus près, il reconnut les traits de ses aînés qu’il embrassa avec effusion.

Il leur demanda ce qu’ils avaient fait depuis sept ans, et pleura avec eux en écoutant leur histoire aussi triste que misérable. Il les emmena chez lui où, grâce aux bons soins et aux douces caresses de Môna, ils devinrent ce qu’ils auraient dû toujours être, d’honnêtes et laborieux ouvriers estimés de leurs semblables.

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