Chapitre 9 L’absence de Williams
J’ai été privée de tout bonheur le jour que tu m’as quittée pour monter sur un vaste navire, et parcourir l’immensité des mers ! Oh ! maudit soit ton vaisseau ! j’errai sur le rivage ; et je le maudis parce qu’il me séparait de mon Williams.
Tu as suivi ta fortune au loin sur les vagues, tu as souvent combattu les flottes de la France et de l’Espagne. Le baiser du retour vaut trente baisers d’adieu ; j’ai retrouvé mon Williams.
Quand le ciel était sombre et que les vents gémissaient, je m’asseyais sur le rivage, les larmes aux yeux ; je pensais au navire sur lequel était mon Williams, et je désirais que la tempête soufflât tout entière sur moi.
Maintenant que ton noble vaisseau est au mouillage, et que Williams absent est en sûreté parmi nous, je trouverais des sons harmonieux dans le mugissement des vents qui poursuivraient les flots écumeux sur les grèves d’Inchkeith.
Quand les tonnerres étincelaient, que les canons tonnaient et que tous les coeurs se réjouissaient d’une grande victoire, je pleurais en secret sur les dangers des combats, et ta gloire suffisait à peine pour me consoler.
Mais tu vas maintenant entretenir mon impatiente curiosité de l’histoire de tes aventures et de tes nobles cicatrices. Ah ! crois-moi, je pourrai sourire, quoique une larme vienne mouiller mes yeux ; car les récits de la guerre sont doux après le danger.
Oh ! que d’incertitudes quand la distance sépare les amants, quand leurs yeux ne peuvent plus être les interprètes de leurs coeurs ! Que de fois les plus tendres deviennent volages !… l’amour des plus fidèles a son flux et reflux comme la mer.
Parfois, – pouvais-je m’en empêcher ? – je soupirais en me demandant si l’amour changeait d’accents comme l’oiseau sur les arbres touffus. Maintenant je ne veux pas savoir si tes yeux ont été volages ; il me suffit que ton coeur loyal m’ait été fidèle.
Sois le bienvenu de tes courses sur les flots, toi qui viens de braver les fatigues et les périls pour l’honneur ; toi qui viens de fournir des récits aux annales de la gloire, sois le bienvenu, mon guerrier, dans les bras de Jenny.
C’est assez humilier la Hollande et l’Espagne pour l’amour de la gloire ; tu ne me feras plus pleurer, tu ne me quitteras plus ; je ne veux plus me séparer de mon Williams.
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Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.