‹ Contes et historiettesChapitre 18 sur 20 · Dix-huitième partie L’enfant qui prie

Dix-huitième partie L’enfant qui prie

Thérèse, veuve d’un pauvre journalier, était restée chargée de cinq enfants, et pour les faire vivre n’avait que son travail. Un matin, elle donna à chacun des trois aînés, qui allaient à l’école de charité, un petit morceau de pain bien dur, en leur disant :

— Mes enfants, priez Dieu et Notre-Seigneur Jésus-Christ, protecteur de l’enfance, de venir à notre secours, car voilà tout ce qu’il y a dans la maison ; je n’ai pas de viande, pas de pain, pas seulement un œuf, et je ne sais comment nous pourrons dîner. Allez, mes enfants, le bon Dieu a dit : Invoquez-moi dans le besoin et je vous secourrai ; demandez-lui son secours.

L’aîné des fils de Thérèse était le petit Charles, qui avait à peine huit ans. Il conduisait avec lui Théodore, plus jeune que lui de trois années, et s’en allait bien affligé. Il passa devant la porte de l’église ; en voyant qu’elle était ouverte, il songea à la recommandation de sa mère, il entra et alla avec son frère s’agenouiller sur les marches de l’autel, dans la chapelle du Saint-Sacrement. Comme il ne voyait personne, il pria ainsi à haute voix :

— « Ô Jésus ! qui aimez tant les petits enfants, venez à notre secours ; nous sommes cinq à la maison, et notre maman n’a plus rien à nous donner, elle n’a plus de viande, plus de pain, pas même un œuf. Vous avez promis de nous secourir si nous vous le demandions, je viens donc vous demander de nous donner à manger, ainsi qu’à notre bonne mère. »

Les deux petits enfants allèrent ensuite à l’école et revinrent à l’heure du dîner.

En entrant, ils virent sur la table deux grands pains ronds, un morceau de viande bien cuite et une corbeille pleine d’œufs.

— Ah ! maman, s’écria le petit Charles, le bon Dieu nous a entendus ! Est-ce un ange qui a apporté tout cela par la fenêtre ?

— Dieu a entendu ta prière, mon cher fils, répondit la mère, mais il n’a pas besoin d’envoyer un ange du ciel pour nous secourir, il a des ministres sur la terre. Pendant que tu priais à la chapelle du Saint-Sacrement, M. le curé t’écoutait ; il a eu pitié de notre détresse, s’est tout de suite occupé de me procurer un travail avantageux et m’a remis provisoirement, pour pourvoir à nos besoins, dix francs avec lesquels j’ai acheté ce que tu vois sur la table ; j’espère qu’à l’avenir rien ne nous manquera ; mettons-nous donc tous à genoux et remercions Dieu qui vient au secours des malheureux quand ils l’invoquent avec confiance.

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