‹ Contes et légendes annamitesChapitre 14 sur 150 · Légendes · 014 Histoire d’un prince de la famille Mac

Légendes · 014 Histoire d’un prince de la famille Mac

Autrefois régnaient la dynastie Lê et le chúa Nguyễn. L’Empire jouissait de la paix depuis plus de cent ans, lorsque Mạc parvint aux honneurs et se révolta contre l’autorité royale. Mạc eut dix-huit fils et une fille ; le dernier de ses fils s’appelait Ninh, il avait un esprit pénétrant et était habile à tout. On lui donna le commandement d’une armée pour combattre les Lê ; le gendre de Mạc, nommé Nam, était lui aussi un habile général ; les Lê n’avaient personne à leur opposer ; le chúa Nguyễn bien essaya bien de leur résister, mais il bit vaincu et forcé de se réfugier dans le Nghệ an où il se retrancha dans la montagne de Rum, en faisant des barrages sur le fleuve. Ninh le poursuivit par terre, Nam par eau ; celui-ci détruisit tous les barrages et Nguyễn hiền fut encore battu et s’enfuit au Dèo ngang, défilé qui sépare les provinces de Quảng bình et de Hà tinh. Là il rencontra le Trang nguyên Trinh qui lui dit : « La dynastie Lê est perdue, la famille des Mạc l’emporte ; mais, vous, emmenez votre armée dans le Quảng nam et, par la suite, il y aura dans votre maison quatre générations de rois. »

L’aîné des Mạc, Mạc đăng dung, prit le titre de roi. Jaloux des talents de son frère Ninh, il eut peur qu’il ne lui disputât le pouvoir et conçut le dessein de le faire périr ; Ninh, au contraire, se fiait aux sentiments fraternels et ne soupçonnait rien.

Après avoir vaincu le chúa Nguyễn hiền, Ninh s’en retourna et arriva au bac de Thành Rum, à un point où le fleuve était très large. Il se mit à réfléchir et dit au passeur : « Voudrais-tu devenir mandarin ? — Tout le monde veut d’un bon morceau, répondit l’homme, ou d’un bel habit ; mais je suis un pauvre diable et n’ai à espérer rien de pareil. » À ces mots, la figure de Ninh s’empourpra et il ordonna à ses hommes de couper la tête du passeur. La femme et les enfants de celui-ci épouvantés s’enfuirent. Ninh ordonna alors de prendre le cadavre et d’aller l’ensevelir, je ne sais où, dans la montagne Hồng lãnh ; il fit ensuite dresser près du bac une stèle où il grava une inscription disant : « Quand la montagne de Hong cessera de produire des arbres, quand le fleuve Rum cessera de rouler ses eaux, cette famille cessera de fournir des mandarins. »

Il faut savoir que ce passeur fut l’ancêtre de Nguy khắc đăng, et que, depuis sa mort, la famille Nguy n’a cessé d’avoir des succès aux examens et de s’élever aux premiers emplois, grâce à la situation du tombeau que Ninh donna à leur ancêtre.

Ninh avait pacifié le Nghệ an. Mạc đăng dung eut peur qu’il ne lui disputât la couronne et lui écrivit pour lui demander pour quelle raison, en ayant fini avec la rébellion, il ne revenait pas à la cour ; et pourquoi ayant vaincu le chúa Hiền il ne l’avait pas emmené prisonnier et l’avait épargné. Ninh se mit en colère et dit : « Moi seul j’ai pu vaincre l’Empereur Lê et son chúa Nguyễn hiền, mais mon frère méconnaît mes sentiments et me soupçonne ; je pourrais lui résister si je le voulais et m’emparer du pouvoir, mais ce serait pécher contre la loi divine, et me rendre l’objet du mépris de la postérité. Que mon frère me fasse donc ce qu’il voudra ! »

Mạc đăng dung ordonna de décapiter Ninh, mais la terre se mit à trembler, et les mouches couvrirent le cou de Ninh en tel nombre que l’exécuteur ne put lui trancher la tête. On le lia ensuite sous le ventre d’un éléphant que l’on poussa dans le fleuve afin que Ninh fut noyé, mais l’éléphant refusa d’entrer dans l’eau. Tout le monde plaignait Ninh, lui seul causait librement à son ordinaire, sans souci de la mort. Quelques jours après, Mạc đăng dung ordonna de mettre du poison dans ses aliments, mais le poison n’eut aucun effet sur Ninh. Son frère le fit alors jeter en prison et Ninh voyant que rien ne pouvait le détourner de ses mauvais desseins se pendit.

Àla nouvelle de la mort de Ninh, Mạc đăng dung fut transporté de joie. Il donna un grand banquet auquel il invita son gendre Nam, et plusieurs autres généraux, et leur annonça qu’il leur conférait de nouvelles dignités. Nam lui dit : « C’est Ninh et moi qui avons fondé votre trône ; il avait pacifié le midi, moi j’ai soumis les rebelles de Cao bang ; vous, qui étiez resté dans votre palais, vous avez fait périr cet homme juste et qui vous avait rendu de grands services. » Quatre généraux de l’armée de Ninh approuvèrent ces paroles, repoussèrent les titres qui leur étaient offerts et délibérèrent avec Nam de faire la guerre à Mạc đăng dung. La sœur de Mac, qui avait épousé Nam, ayant appris le complot qui se tramait contre son frère, fit prévenir celui-ci qui envoya des soldats pour assiéger la maison de Nam et s’emparer de lui et des quatre généraux de Ninh. Nam, voyant qu’il avait été trahi par sa femme, mit celle-ci à mort et se défendit ensuite contre les assaillants, mais il fut vaincu et tué ainsi que les quatre généraux. Les Mạc disputèrent pendant soixante-sept ans le pouvoir à la famille Lê, mais ils furent enfin vaincus par les chúa de la famille Trịnh.

Page 1