‹ Contes et légendes annamitesChapitre 13 sur 150 · Légendes · 013 Histoire de Cao bien

Légendes · 013 Histoire de Cao bien

Cao biền était un habile devin chinois (thầy địa lý). Il fut employé par l’Empereur qui voulait le récompenser, mais Cao biền refusa or et argent, demandant que, les yeux fermés on le laissât désigner au hasard un des magasins impériaux dont on lui donnerait le contenu. L’Empereur accepta, et Cao biền désigna le magasin des pinceaux. Il prit alors une pierre, la plaça devant la porte du magasin et se fit porter les pinceaux amassés dans l’intérieur. À mesure qu’on les lui portait, il en frappait la pierre, et continua ainsi pendant plusieurs jours, les détériorant tous. Comme la provision était presque épuisée, l’un de ces pinceaux pénétra au travers de la pierre. Cao biền le prit, rentra chez lui, fit un cerf-volant en forme d’aigle (con dều), se servit de ce pinceau pour dessiner les yeux à l’aigle, l’aigle alors put voler. Cao biền lui monta sur le dos et se rendit dans le royaume d’Annam, où se trouvaient beaucoup de cavernes impériales.

Il voulait chercher un moyen de se faire roi, mais il réfléchit et se dit : « Je suis vieux et je n’ai pas de fils. » Là-dessus, il résolut de donner la couronne à son gendre. Il retourna donc en Chine, ordonna à son gendre d’exhumer le corps de son père et de le briûler, afin d’en porter les cendres dans l’Annam, dans un lieu où se trouvait la gueule du dragon.

La crémation opérée, ils partirent pour l’Annam et se rendirent dans la province de Quảng bình, où se trouvait une gueule de dragon dans une rivière. Cao biền prit les os du père de son gendre, les donna à l’un de ses disciples et lui ordonna de plonger dans la rivière, de déposer les ossements dans la gueule du dragon et de remonter lorsque la gueule les aurait saisis. Mais ce disciple avait de l’ambition, et ayant deviné de quoi il s’agissait, il avait exhumé les ossements de son propre père et les avait cachés près de là. Il plongea, mit les ossements de son père dans la gueule du dragon et suspendit aux ouïes ceux que lui avait donnés Cao biền.

Cao biền pensant qu’il avait exécuté ses ordres s’en retourna. Il ordonna à son gendre de prendre un boisseau de cinq espèces de riz, puis il le mena à l’épaule du dragon et fit trois fosses dans lesquelles il enterra les cinq boisseaux de riz, dont tous les grains devaient devenir des soldats enchantés. Il dit à son gendre : « Vous attendrez trois ans neuf mois et dix jours, et à l’expiration de ce délai, vous reviendrez devant ces tombeaux et vous crierez à haute voix : Père, levez-vous pour régner ! » Cao biền s’en revint ensuite en Chine.

Mais le Ciel ne favorisait point ses desseins. Le disciple avait suspendu les ossements du père de son gendre aux ouïes du dragon ; ils furent dispersés par le courant. Au bout de trois ans et neuf mois, comme il manquait encore dix jours pour atteindre le terme fixé, la fille de Cao biền accoucha de trois garçons. Le premier, à la face rouge, tenait en main un sabre et un sceau ; le second, à la face couleur de fer, le troisième, à la face verte, tenaient chacun un sabre. Dès leur naissance, ils savaient marcher et ils allèrent s’asseoir sur l’autel domestique. Leur père fut étonné et, effrayé, il dit à sa femme : « Comment as-tu donné le jour à des démons ? je vais les tuer, de peur qu’il ne nous arrive malheur. » Il saisit les trois enfants et leur coupa la tête. Il dit ensuite à sa femme : « Ton père m’a fait faire de mauvaises choses, c’est pourquoi tu as donné le jour à ces démons. »

Là-dessus, il courut à l’endroit où il avait enterré le riz et cria une fois : « Père, lève-toi pour régner ! » Alors se levèrent de la terre en tumulte des espèces de formes humaines ; mais comme il manquait encore dix jours pour l’accomplissement du charme, elles n’avaient aucune force et retombaient sans vie.

Le gendre de Cao biền s’enfuit épouvanté. Cao biền à ce moment se trouvait en Chine, où il avait été retenu par les vents contraires de sorte qu’il n’avait pu empêcher son gendre de tout gâter. Quand il apprit ce qui était arrivé, il se mit en fureur et coupa la tête à son gendre et à son disciple. Il remonta ensuite sur son aigle et chercha dans tout l’Annam toutes les cavernes propices pour leur faire perdre leur vertu magique.

Dans l’endroit où il avait déposé les os du père de son gendre, au fleuve de Trà khúc, dans la province de Quảng ngãi, il tua le dragon, disant : « Si je ne puis être roi, que nul ne le soit. » Depuis ce meurtre, les eaux du fleuve de Trà khúc sont teintes de rouge. Cao biền alla ensuite dans le Nghệ an, où sur le sommet d’une montagne appelée la Tête du dragon, se trouvait une des cavernes miraculeuses. Cao biền l’exorcisa au moyen d’une pièce d’airain, et, depuis, un souffle de mort règne sur cette montagne et rien ne peut y pousser.

Dans le Thanh hóa aussi, se trouvait une caverne, mais Cao biền en dédaigna le dragon parce qu’il était boiteux et, pensait-il, ne pouvait faire de roi, il le laissa donc intact. C’est pour cette raison que toutes les dynasties annamites ont pris naissance dans le Thanh hóa.

Dans le Phú yên, près du bord de la mer, se trouve un monticule de sable qui a la forme d’un tombeau ; les gens des bateaux qui fréquentent ces parages l’appellent le Tombeau de Cao biền. Il présente cette particularité que, malgré l’effort des vents et des flots, il reste toujours intact et semblable à un tombeau. L’on dit que c’est le tombeau de Cao biền, mais je ne sais ce qui en est.

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