‹ Contes et NouvellesChapitre 57 sur 88 · V

V

Il se réveilla le lendemain plus tard que de coutume. Les enfants dormaient encore.

Matréma était allée faire son petit emprunt chez la voisine. L’étranger était déjà assis sur le banc, vêtu des vieilles chausses et de la chemise rapiécée. Une calme sérénité rayonnait sur ses traits, et son regard s’élevait au ciel.

Sema lui dit en l’abordant :

– Frère, causons un peu. On ne peut vivre sans manger et sans boire, et le corps doit être vêtu. L’homme doit gagner son pain. Sais-tu travailler ?

– Je ne sais rien.

Sema fit un soubresaut ; mais se remettant aussitôt :

– Bien, dit-il. Il suffit que tu prennes le goût du travail. L’homme peut tout apprendre.

– Je travaillerai comme vous.

– Comment faut-il t’appeler ?

– Michel.

– Suffit. Je ne te demande pas autre chose, puisque tu ne peux rien dire de plus. Eh bien ! mon cher Michel, applique-toi, et sous ma direction, tu ne manqueras de rien ici.

– Dieu te bénisse ! Maintenant parle et j’obéis.

Le cordonnier prit alors un peloton de ligneul et se mit à tordre le fil entre ses doigts.

– Regarde, dit-il, ce n’est pas difficile.

Michel mettait toute son attention ; puis essayant à son tour, il réussit cette première épreuve avec un plein succès.

Sema continua graduellement à l’initier à tous les secrets du métier. L’apprenti montrait de l’habileté et de l’intelligence, et ne donnait que de la satisfaction à son maître.

L’ouvrage, si difficile qu’il fût, sortait de ses mains propre et bien fait ; le troisième jour Michel travaillait comme un ouvrier ; on eût dit qu’il n’avait fait que cela toute sa vie. Il ne perdait pas une minute, mangeait avec modération et ne sortait jamais. Quand il avait des moments de loisir, il restait silencieux, les yeux constamment, fixés au ciel ; aucun mot inutile ne sortait de sa bouche. Il ne riait jamais ; on ne l’avait vu sourire que le soir de son arrivée, quand Matréma lui avait servi à souper.

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