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L’avocat Dutras, très élégant, la barbe luisante, donnait un ordre par téléphone, avant de se rendre au Palais, à l’instant où Jean se présenta. De surprise et d’effarement, sa voix s’étrangla, car il n’avait pas été prévenu de la sortie de l’ex-forçat. Il eut un geste de terreur, à la pensée que les clients attendant d’être introduits eussent pu reconnaître le nouveau venu, et il le poussa brusquement dans un cabinet, où il entra à son tour après avoir fermé la porte derrière lui.
Jean avait tendu la main à son frère, les yeux remplis d’une muette supplication. Sans paraître remarquer cette main humblement offerte, l’avocat était passé derrière une table, comme pour mieux marquer la distance le séparant de l’ex-forçat. Puis, s’étant croisé les bras, il lui dit
— Ainsi, te voilà revenu ?
La tête basse, Jean balbutia :
— Oui, je suis sorti hier.
L’avocat reprit d’une voix blanche, où perçait une colère contenue :
— Et ta première visite a été pour moi. Je ne t’en remercie pas, car je n’ai déjà eu que trop de difficultés, il y a cinq ans, à me tenir à flot, et à convaincre le public qu’il n’y avait pas, dans notre famille, que des canailles de ton espèce.
Jean avait pâli sous l’outrage, et cherchait ses mots pour répondre. Sans lui en laisser le temps, son frère venait de sortir de sa poche une liasse de papier-monnaie. Il y choisit deux billets de dix dollars et les jeta à Jean en lui criant avec emportement :
— Voilà, sans doute, ce que tu es venu chercher. Prends cela, et que je ne te revoie plus.
Jean prit les deux billets, les roula en boule et les lança à l’autre bout de la pièce. Puis, il dit tranquillement :
— Je venais te demander conseil, non la charité. Tu as raison, je ne te reverrai plus. Adieu.
Et il sortit, le dos subitement voûté de dix ans.