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C’est qu’avec tous ces avantages Aristide avait un gros, bien gros défaut. Pour tout dire, en un mot, il aimait trop à fêter, au grand scandale de son village et à la grande désolation de sa fidèle Domitilde, sa femme. Toutes les solennités de l’année lui étaient bonnes pour cela, Pâques, Saint-Jean-Baptiste, puis les anniversaires de ci et de çà, les jours d’élections, les expositions régionales, que sais-je encore. Mais, entre toutes, l’époque qu’il affectionnait davantage était celle si bien dite des Fêtes, et qui allait de la Noël aux Rois. Ces jours-là, Aristide les passait d’une affilée et sans dérougir d’un cran.
Le pire, c’est que, quand il était ainsi lancé toutes voiles dehors, il lui revenait à la mémoire toutes sortes de chants bachiques, et autres encore moins édifiants, du temps qu’il était sur les « cages » – il avait déjà fait la « drave » aux Pays d’en Haut – et qu’en plus il jurait alors, que c’en était à faire dresser les cheveux. Ah ! le sacripant, vous dis-je.
À part cela, et au demeurant, un vrai bon diable, à la barbe et à la tignasse tirant sur le rouge, et qui en dépit de sa forte taille et de ses airs de matamore filait doux devant Domitilde qui n’avait pas, je vous assure, sa langue dans sa poche, et qui vous menait son Aristide par le bout du nez. Certaines mauvaises langues prétendaient même que cela n’était pas étranger à ses dévergondages. Quoi qu’il en soit, c’était merveille de voir avec quelle crânerie cette petite femme, noire comme une mûre, et pas plus haute que la main, tenait tête à ce gros homme, qui aurait pu, s’il l’eût voulu, l’écraser d’une chiquenaude. Ah ! il voulait lui faire des misères. Eh bien ! il n’en aurait pas le démenti, et elle lui en ferait, elle aussi, tout son soûl.