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Aristide touchait maintenant à l’instant où, en arrivant chez lui, il lui faudrait affronter la mercuriale habituelle que Domitilde lui tenait toujours en réserve, à ses retours du Fort.
— Dommage ! pensa-t-il, que je sois au bout de mon rouleau. Sans ça, j’demanderais ben à ce bon saint Crépin de me rendre ma femme plus douce et plus avenante. Ah ! c’est le coup alors que j’courrais chez le curé pour lui demander de me recevoir de la tempérance.
Eh bien ! il faut croire que saint Crépin était bien décidé à donner ce soir-là mesure pleine à son protégé, car César n’était pas plutôt arrêté devant la maison que Domitilde en sortait et sautait, comme au beau temps de sa lune de miel, au cou de son homme. Puis, l’entraînant à l’intérieur, elle lui montra, devant le beau feu clair qui flambait, la table appétissante dressée pour le réveillon, et tout autour ses trois mioches attifés à souhait, et qui riaient de bon cœur de la surprise de leur papa. Et des « Mon cher Gros ! » par-ci, des « Mon cher Gros ! » par-là. Non batêche ! pas possible, on lui avait changé sa femme.
— C’est pas tout, ça, fit-elle, dépêche-toi de te faire beau, car la messe de minuit va bientôt sonner, et on est venu tantôt, de chez le curé, me demander si tu serais à l’orgue pour chanter. J’ai promis que tu y serais.
Je crois bien qu’elle pouvait promettre. Ah ! la brave petite femme. Aussi, je vous laisse à penser quelle émotion s’empara des assistants quand, au dernier coup de cloche, on vit Aristide monter à l’orgue, un Aristide bichonné, pomponné, rasé de frais, et avec ça, bonté divine ! pas la moindre trace de boisson. Songez donc qu’il y avait des années que, cette nuit de Noël, il la passait toujours en pleine ribote. Ce fut bien autre chose encore quand on l’entendit entonner « Nouvelle Agréable ! » Les vitres en tremblaient, et dans les bancs on se poussait du coude et on se chuchotait : « En a-t-il un creux de voix, ce Belhumeur ! » Il paraît aussi que, cette nuit-là, le curé y alla à plusieurs reprises de sa petite larme, en songeant au retour définitif de l’enfant prodigue.