‹ Contes et nouvellesChapitre 29 sur 34 · 7

7

La savane touchait a sa fin, et maintenant clignotaient au loin des lumières des maisons marquant la montée de la « grande côte ». Vous devez savoir qu’à Saint-Dominique on dit comme ça la « grande côte », pour désigner la grimpée menant au plateau où est situé le village. Les gens de là-bas vous ont une façon de vous regarder de haut quand ils parlent de leur « côte », et il est évident que, pour eux, c’est un peu comme le pont de Beaucaire pour les Tarasconnais ; ça n’a pas son pareil au monde. Il faut avouer, du reste, que cette côte est d’un joli raide, avec des lacets très pittoresques. Ah boufre ! oui, c’est une « côte ».

Donc, les premières lueurs de la « côte » venaient d’apparaître. Aristide songeait qu’il ne lui restait plus qu’un souhait à formuler, et comme César paraissait trottiner péniblement ses pensées allèrent naturellement de ce vieux et fidèle compagnon – il aurait bientôt dix-huit ans – dont il lui faudrait avant longtemps se séparer. Finies, alors, pour de bon, les belles trottes qu’ils avaient si souvent faites ensemble dans la savane.

— Eh ! mais, se dit-il, si je demandais au saint de le remettre jeune et fringant comme il y a quinze ans ?

Miséricorde ! déjà César avait bondi, comme piqué par les cent diables, et filait d’un train d’enfer vers la « côte ».

— Hé là ! hé là ! ne cessait de crier Aristide, qui voyait maintenant avec terreur César se lancer à l’assaut de la « côte ».

Vous me croirez si vous voulez, mais, aussi vrai que je vous le dis, la brave bête la monta, cette côte, d’une seule traite, au grand galop, sans faiblir un seul instant, et, arrivée là-haut, entra dans le village en coup de vent, les clochettes sonnant un drelin ! drelin ! à n’en plus finir. Au passage, des portes s’ouvraient, et dans l’encadrement apparaissaient des gens ahuris, se demandant ce que pouvait signifier cette trombe.