X
Voilà notre amoureux avec ses deux maîtresses Pareilles en tous points; d'un aussi tendre amour Les aimant toutes deux et croyant sans détour Rester loyal, tout en partageant ses caresses. Vainement cherchait-il à se persuader Qu'il ne devait point vivre en cette double ivresse; Lui-même il condamnait sa coupable faiblesse Et ne pouvait pourtant se résoudre à quitter L'une ou l'autre des deux et, rien que d'y songer, Il était pris soudain d'une telle tristesse Qu'il se sentait pâlir et le coeur lui manquer. Aux genoux de Rosine il se jurait dans l'âme Que son coeur, malgré lui, n'aimait que cette femme Et faisait le serment,--pauvres serments d'amours!-- De ne plus voir jamais Rosette de ses jours. Mais quand, la nuit venue, il revoyait Rosette, Honteux et repentant, il s'avouait tout bas Qu'elle seule régnait sur son âme inquiète, Et, sincère toujours, lui jurait sur sa tête Qu'il n'avait, de sa vie, aimé que dans ses bras.
Quoi qu'il en soit, flottant de l'une à l'autre amie, Notre amoureux menait une assez douce vie Et se trouvait si bien dans ce tendre embarras Que, soit pour conserver sa chère inquiétude, Soit par oubli, faiblesse ou par incertitude, Soit pour toute autre chose, il ne s'en sortait pas.