‹ Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866Chapitre 33 sur 57 · I - II

I - II

Elle m'a fait une marque Sur le front; Les siècles y passeront. Chaque rive où je débarque M'apparaît Sombre comme une forêt,

Comme une forêt détruite Que le vent Tourmente éternellement.

C'est une terre maudite, Et mes yeux La retrouvent en tous lieux.

J'entends des voix gémissantes, Et ne vois Que le vide autour de moi, Et leurs plaintes menaçantes Font un choeur Qui me déchire le coeur.

On dirait des funérailles Dont le bruit, Qui vient traverser la nuit Semble sortir des entrailles D'un enfer Qui se serait entr'ouvert.

C'est comme un chant monotone Que les morts Viennent chanter sur leurs corps, Ou le glas lointain qui sonne, Désolé, De quelque monde écroulé.

Mont-Riant, Février 1864.

A MA MÈRE MALADE

Ces trois fleurs, ma pauvre mère, Font un bouquet bien petit; Mais au Christ, que ta main chère A pendu près de ton lit, Leur nombre est une prière.

Il commence par la Foi Et finit par l'Espérance; Ainsi, nous prions pour toi, Tous les trois d'intelligence: Mon père, mon frère et moi.

Triste ou gai, le temps s'efface, La neige s'évanouit Au premier soleil qui passe. Pour nos peines, vienne ainsi Quelque beau jour qui les chasse.

Mont-Riant, 5 Février 1861, jour de Sainte-Agathe.