‹ Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866Chapitre 36 sur 57 · L'ESPÉRANCE.

L'ESPÉRANCE.

Arrête, ô toi qui, dans la nuit profonde, Remplis l'écho du chant de tes douleurs! Pour tant souffrir, es-tu donc seul au monde? Verse en mon sein la peine qui t'inonde: Je t'ai compris et j'accours à tes pleurs. Enfant, dis-moi le mal qui te déchire. Il n'en est pas sans doute qui soit pire, Car, à travers tes pleurs et ton délire, Tu blasphémais et tu parlais de mort. Je viens à toi. Courage, ô mon poëte! Ne vois-tu pas, là-bas, cette mouette? Son aile est blanche et joyeux son essor. Ne vois-tu pas cette étoile nacrée Qui fend la nue à peine déchiree, Et cette voile, un instant éclairée, Qui fuit, s'abaisse et reparaît encor?

LE POËTE.

L'étoile à disparu. La mouette effarée S'est enfuie en poussant de lamentables cris. Le vaisseau s'est perdu dans l'obscure nuée: Je crois qu'il a sombré, car ma vue égarée, Aux lueurs des éclairs, sur l'onde tourmentée, Aperçoit par moments de sinistres débris. Qui que tu sois, fantôme ou vivant qui m'appelles! Ta voix est douce et grave, et mon coeur te bénit. Mais il est des douleurs profondes et cruelles, Qui ne guérissent plus au contact d'un ami. Que viens-tu faire ici, par cette nuit obscure? Si c'est pour moi, retourne et fuis-moi désormais. J'aurais voulu t'aimer, car ta parole est pure: Mais je garde en mon coeur une telle blessure, Que, jusque dans la mort, le mal qui me torture Fera saigner mon âme et ne mourra jamais.