‹ Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866Chapitre 40 sur 57 · L'OUBLI.

L'OUBLI.

Je suis le frère du Silence. Dieu me donne un pouvoir immense; Je répands l'éternelle nuit, Et je puis, du bout de mon aile; Effacer la trace mortelle Et de la Joie et du Souci. Mes compagnons sont le Mystère Et le Bruit, l'Ombre et la Lumière; Quant à moi, le Temps est mon père, Et je suis aussi vieux que lui. Je suis le sommeil de l'aurore, L'ivresse que le vin colore; L'homme me maudit et m'implore, Car je suis l'Ange de l'oubli.

LE POËTE.

Sur mon passage, alors c'est le ciel qui t'amène. Avant de t'envoler, répands à coupe pleine Ton baume bienfaisant sur mon coeur en lambeaux. Ange, viens m'effleurer de ton aile si pure, Car je porte dans l'âme une large blessure Qui ronge ma poitrine, et sa rude morsure Fait éclater mon coeur et le brise en morceaux.