L'OUBLI.
Ami, quel que soit le martyre Du supplice qui te déchire, Je ne puis aller avec toi. Pourquoi faut-il qu'en cette vie, Celui qui m'implore et supplie Ne puisse attendre rien de moi? Hélas! telle est ma destinée Que ceux dont la voix éplorée Du fond de leur nuit désolée M'appelle du soir au matin, Sont les seuls de qui ma puissance N'apaisera pas la souffrance. Laisse-moi passer en silence, Ami, j'obéis au Destin.
LE POËTE.
Va donc.... Et maintenant du mal qui te harcèle Meurs, ô mon triste coeur, brisé par ton amour. Seigneur! ne vois-tu pas que ce coeur est plein d'elle, De celle qu'en tous lieux ma pauvre âme rappelle; Et que ce souvenir d'une amour immortelle Poursuit ton pauvre enfant sans trêve et sans retour? Dieu tout-puissant! quel est le destin qui me pousse? O mystère éternel! que viens-je faire ici? Meurs plutôt. Que ce soit la dernière secousse!
Ah! cent fois mieux valait mon éternel ennui Qu'un amour qui me laisse une telle blessure! Mieux vaudrait le dégoût que le mal que j'endure, Mieux vaut n'aimer jamais que souffrir la torture Dont l'amour nous flagelle ou qu'il laisse après lui!
Au moins, que cette amour, mon Dieu, soit la dernière! Qu'elle brise mon coeur en atomes si fins, Qu'il n'en reste pas même une trace éphémère! Et que le vent d'automne en chasse la poussière Devant la feuille d'arbre et l'écume légère Que son souffle, au hasard, sème par les chemins!
1864.
IMPRESSIONS DE VOYAGE