IV
Qui sait ce que peut faire De ravage sans borne et de taches sans nom, Dans un coeur vierge encor, plein d'un amour profond, Le souvenir mortel d'une horrible misère? Qui sait dans quelle nuit, dans quel abîme obscur Va se perdre à jamais une âme désolée? Qui sait quel lupanar,--qui sait quel antre impur Attend le désespoir au sortir d'une allée Pour lui souffler au corps une vengeance usée? Qui connaîtra jamais de quel rude sillon Se creuse un coeur atteint d'une telle torture Et quel venin terrible en greffe la morsure Sur le coeur le plus noble ou le plus noble front? Qui connaîtra jamais,--quand l'amour le renie,-- Où va le malheureux, en se frappant le coeur, Prostituer l'amour dont il faisait sa vie Et, blasphémant son Dieu, son âme et son génie, Rire lugubrement de sa propre douleur? L'amour, le grand amour est ce baume suprême Qu'à ses derniers soupirs on verse au moribond: Il va mordre en plein coeur cette chair déjà blême, L'homme peut naître encor de sa souffrance même, Mais s'il succombe, alors le baume le corrompt.