Chapitre 23 Le respect
L’oncle Jean disait :
« Mon petit, écoute ma leçon.
« Je t’ai entendu, hier, parler au vieux Jérôme : tu lui disais tu, comme à un camarade. Ça n’est pas bien : il faut porter respect à ceux qui ont les cheveux blancs ; il faut leur dire vous.
« Je dis tu à mon cheval, à mon bœuf, parce que ce sont des bêtes et que je suis leur maître ; je te dis tu, à toi, parce que tu es tout petit et que je suis vieux. Mais j’ai toujours porté respect à mes supérieurs, et aussi à mes égaux qui le méritaient. Je n’ai jamais tutoyé mon père ; j’ai toujours dit vous à ma femme.
« Il faut porter respect à ceux qu’on doit honorer pour leur caractère, leur rang ou leur âge.
« N’est-ce pas, d’ailleurs, simple honnêteté que de se dire vous entre chrétiens ?
« Cela fait aussi qu’on se retient sur le discours, et qu’on dit moins de paroles regrettables.
« Rappelle-toi cela, mon petit, quand tu parleras à Jérôme. qui a les cheveux blancs, et qui toute sa vie à travaillé la terre. »
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Le respect des cheveux blancs, encore une chose qui s’en va, emporté par le tourbillon d’une folle jeunesse.
J’ai connu le temps où l’on passait pour mal appris, si, devant un vieillard, on n’ôtait pas son chapeau.
Ce temps est déjà loin. Les têtes argentées n’ont cependant pas laissé d’être vénérables. Elles représentent toujours le passé riche d’expérience, la sagesse des longues réflexions, le témoignage des vertus patientes et des labeurs féconds. Honorer les anciens, c’est reconnaître le mérite de leur immense travail et affirmer notre volonté de suivre les pas qu’ils ont tracés.
Comment donc est-on venu à n’avoir pour leurs leçons qu’indifférence et mépris ?
« Que nous veulent ces vieilles cervelles ? dit-on insolemment. Que peuvent-elles pour nous ?… Nous ne faisons qu’entrer dans la vie, il est vrai, mais déjà nous la connaissons. Nos yeux étaient à peine ouverts, que nous avions tout vu. Vous n’avez rien à nous apprendre. De prime saut, et tout seuls, nous avons conquis la science, l’esprit, la sagesse, le génie. Vous êtes la génération des morts ; nous sommes la génération des vivants ! »
Étrange aberration d’intelligences vides et de cœurs ingrats ! Orgueil insensé, qui se forge une vaine supériorité ! Ignorance aveugle, qui, pour mieux renier le passé, cherche à le déshonorer !
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« Ils ressemblent à des blasphémateurs, a dit le Sage, ceux qui ne respectent pas leurs pères. »
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