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Chapitre 3

Une grande demi-heure se passa sans qu’aucun changement appréciable pût être remarqué, et déjà la discussion s’engageait, où certains, qui osaient révoquer en doute le prétendu phénomène, se raillant eux-mêmes d’avoir pu ajouter foi à de pareilles assertions, étaient vivement rabroués par ceux qui mettaient l’insuccès de l’expérience au compte de quelques inobservations des formalités à suivre, quand soudain : « Oh ! regardez ! m’écriai-je, regardez, elle a bougé ! elle a bougé ! »

Accoudé depuis quelques minutes sur la table, le menton dans ses mains, et les yeux fixés sur la rose, je venais de surprendre une sorte de brusque mouvement de distension opéré par deux des petits rameaux gris qui, d’abord étroitement enchevêtrés l’un dans l’autre, venaient de se séparer d’eux-mêmes.

« Voyez, là, là ! » Et je montrais, sans y toucher, les brindilles qui avaient changé de position.

Au même instant, et comme j’avais appelé tous les regards sur la touffe, quelque chose d’analogue se produisit pour d’autres rameaux.

« Mais oui ! Tiens ! c’est vrai !… Oh ! regardons. Est-ce curieux ! Un vrai miracle, quoi ! »

Les voix étaient émues ; et c’était plus que de la surprise qui se peignait sur les visages.

Tout entretien cessant, il y eut bientôt un cercle compact autour de la grande table ronde ; et pendant au moins une grande heure on n’entendit plus qu’une suite d’exclamations admiratives traduisant les phases graduelles du phénomène, qui se réalisait avec une sorte de grave et imposante lenteur.

Au bout d’une heure, en effet, toute contraction ayant disparu, la touffe recroquevillée s’était élargie, épanouie ; l’espace s’était fait entre les ramilles alors divergentes.

Ce n’était rien moins encore qu’une rose fraîche ou desséchée : ce n’était plus la masse confuse que nous avions vue tout d’abord.

En somme, il y avait prodige, il y avait miracle. Et Dieu sait si l’on s’ébahissait, si l’on dissertait à perte de raisonnement sur l’étrange intuition dont le ciel avait doué cet humble végétal, comme pour glorifier les saints, les divins mystères.

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