Chapitre 15
Jamais Pierre n’avait contemplé une scène plus animée ; sa maison seule, avec sa triste apparence, jurait dans ce tableau mais, en revanche, sa maigre figure, encadrée par la croisée, s’harmonisait on ne peut mieux avec l’aspect délabré de son domaine.
— Eh ! Pierre, comment allez-vous ? fit une voix partant de la rue comme il se retirait ; allons, mettez le nez à la fenêtre, vieux sournois !
Pierre regarda et vit sur le trottoir opposé son ex-associé, chaudement enveloppé dans un paletot garni de fourrures, et dont la voix retentissante avait attiré l’attention des passants sur la maison et sur son propriétaire.
— Eh bien ! Pierre, cria de nouveau M. Brown, quel vacarme faites-vous donc ; réparez-vous la maison ou si vous en faites une neuve. Hein ?
— Je dis qu’il est trop tard pour la réparer, monsieur Brown, et que c’est une nouvelle bâtisse qu’il faut à présent.
— Vous feriez mieux de me confier cela, dit M. Brown d’un air significatif.
— Non, pas encore, fit Pierre en se retirant précipitamment, car depuis qu’il était à la recherche de son trésor, il n’aimait pas qu’on pût juger de cette apparente pauvreté. À l’idée des trésors qu’il voyait déjà dans ses coffres, un sourire dédaigneux plissa sa lèvre. Il s’efforça de prendre la contenance de son grand-oncle lorsque celui-ci parlait de construire une superbe habitation pour sa nombreuse postérité.
Un moment, lorsqu’il ramena ses yeux éblouis par la clarté de la neige sur la sombre mansarde, il se prit à douter de l’existence de son trésor, et se demanda s’il était bien sage de jeter bas la maison ; mais cet instant de défaillance n’eut que la durée d’un éclair, et Pierre le démolisseur reprit la tâche que le destin lui avait assignée.
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