Chapitre 16
Il y avait quelque temps qu’il s’était remis à l’œuvre, lorsqu’au milieu d’un tas d’objets indescriptibles il trouva une clef rouillée à laquelle était attacha une étiquette de bois portant les initiales P. G., et qui semblait avoir été oubliée dans une crevasse du mur ; une autre découverte non moins singulière, fut celle d’une bouteille de vin dans un vieux four dont l’entrée avait été murée. Pierre n’avait pas besoin de ce cordial pour ranimer ses forces ; cependant il serra le précieux liquide pour le boire au succès de son entreprise. Il ramassa aussi plusieurs gros sous qui s’étaient perdus dans les fontes du parquet, et la moitié d’une pièce de douze sous, coupée par le milieu, probablement quelque gage d’amour ; puis des pièces espagnoles et une médaille commémorative du couronnement de Georges III. Mais le coffre fantastique échappait toujours aux mains avides de notre héros.
Nous ne le suivrons pas dans sa persévérante destruction, qu’il suffise de savoir qu’il acheva en moins d’un hiver une œuvre que le temps avait à peine ébauchée en un siècle ; tout était démoli à l’intérieur, à l’exception de la cuisine. On eût dit un monstrueux fromage évidé par un rongeur quelconque, de manière à ce qu’il n’en restât plus que la croûte. Pierre avait été le rongeur.
Ce que Pierre avait démoli, Tabita l’avait brûlé, et la maison s’était réellement dissipée en fumée, sans métaphore aucune. On avait atteint le dernier jour de ce laborieux hiver, et la cuisine seule restait à explorer. C’était une triste et lugubre soirée ; une bourrasque de neige s’était abattue sur la ville quelques heures auparavant, et les flocons tourbillonnant au vent fouettaient encore avec violence la vieille masure, comme si les éléments déchaînés eussent voulu mettre la dernière main à l’œuvre de Pierre Goldthwaite, La charpente était si frêle, depuis qu’à l’intérieur les murs d’appui avaient disparu, qu’il n’y aurait rien eu d’étonnant à ce que les murs rongés par la base écrasassent leur propriétaire en s’affaissant sur lui. Mais Pierre était trop agité pour que ce danger pût l’impressionner.
— Le vin, Tabby, cria-t-il, le vieux vin du grand-oncle, c’est maintenant qu’il faut le boire, ou jamais.
— La vieille se leva de son banc et, sans mot dire, plaça la respectable bouteille près de la lampe de cuivre, jusque-là le seul fruit de leurs recherches.
Pierre leva la bouteille, et, regardant à travers la vermeille liqueur, sa cuisine lui sembla resplendir d’une teinte dorée qui, enveloppant aussi la vieille servante, jetait de fauves reflets sur ses cheveux blanchis et changeait en vêtements splendides les guenilles dont elle était couverte.
— Monsieur Pierre, dit Tabitha, est-ce que vous voulez boire avant d’avoir trouvé le trésor ?
— Il est trouvé, s’écria fièrement Pierre Goldthwaite, et je ne m’endormirai pas sans avoir fait tourner la clef dans la mystérieuse serrure. Mais buvons d’abord !
Aussitôt dit, il fit, à défaut de tire-bouchon, sauter le goulot avec la fameuse clef, et remplit deux tasses à thé, sorties du buffet pour cette solennité, d’un vin pur et transparent, dont l’arome se répandit en un instant dans la chambre.
— Bois, Tabitha, dit Pierre ; Dieu bénisse l’honnête homme qui nous a conservé ce vin Allons ! je bois à la santé de Pierre Goldthwaite.
— C’est bien le moins, dit la vieille en vidant sa tasse.
Mais laissons-les achever leur bouteille et portons ailleurs nos regards.
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