‹ Contes étrangesChapitre 5 sur 49 · Chapitre 1

Chapitre 1

— Ainsi, Pierre, vous ne voulez rien conclure ? dit M. John Brown en boutonnant sa redingote et mettant lentement ses gants. Vous ne voulez pas me vendre cotte vieille masure et l’enclos qui la touche, au prix que j’ai dit ?

— Pas même pour le triple de la somme, répondit le vieillard, dont la maigre et grisonnante personne répondait au nom de Pierre Goldthwaite. Il faudra donc, mon cher monsieur Brown, que vous cherchiez un autre emplacement pour votre maison de briques et que vous laissiez ce terrain à son possesseur actuel. Au reste, j’ai l’intention de construire l’été prochain une splendide habitation sur les fondations de cette baraque.

— M’est avis, Pierre, fit M. Brown en ouvrant la porte de la cuisine, que vous devriez vous contenter de bâtir des châteaux dans les nuages ; l’emplacement y est à meilleur marché qu’ici-bas, sans parler du prix des matériaux. De telles fondations sont fort convenables pour des constructions comme les vôtres, tandis que le sol que nous foulons aux pieds fait justement mon affaire. Nous pourrons ainsi être satisfaits tous deux ; est-ce dit ?

— Non pas, je persiste dans mon idée, monsieur Brown, répondit Pierre Goldthwaite, et quant à ces châteaux en l’air dont vous parlez, le mien n’aura peut-être pas la somptuosité de ces sortes d’édifices, mais, à coup sur, il sera aussi réel que votre respectable maison, avec ses hangars, ses magasins au rez-de-chaussée, la banque au premier étage et l’étude d’avoué au second.

— Et la dépense, Pierre, dit M. Brown se retirant dépité, la dépense, y avez-vous songé ? Tirerez-vous à vue sur une banque fantastique ?

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