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Chapitre 2

John Brown et Pierre Goldthwaite avaient conjointement possédé, quelque vingt ou trente ans auparavant, une maison de commerce, sous la raison sociale Goldthwaite et Brown ; mais les deux associés s’étaient bientôt séparés pour incompatibilité d’humeur. Depuis cette scission, John Brown, sans plus de qualités ni d’intelligence qu’un millier d’autres John Brown, avait, par la seule puissance d’un labeur incessant grandement prospéré, et était devenu l’un des plus opulents John Brown qui fussent sur la terre.

Pierre, au contraire, avait fait d’innombrables essais qui, à l’entendre, eussent dû faire entrer dans sa caisse toutes les espèces monnayées et tout le papier du pays ; et cependant il n’était toujours qu’un besogneux gentleman, dont l’habit avait des pièces aux coudes.

En un mot, ces deux personnages étaient un vivant contraste : Brown ne comptait jamais sur la chance et en avait toujours ; Pierre en faisait sa principale condition de succès et n’en avait jamais. Tant que ses moyens le lui permirent, les spéculations qu’il entreprit furent faites sur une large échelle ; mais dans les derniers temps, elles étaient réduites aux misérables chances de la loterie.

Une fois il était parti vers le sud pour chercher de l’or, et pendant que ses compagnons en emplissaient leurs poches, il n’avait réussi qu’à vider les siennes plus complètement que jamais. Tout récemment, il avait employé un petit héritage, qui pouvait se monter à un millier ou deux de dollars, à l’acquisition d’un titre mexicain, qui devait le rendre propriétaire d’une province ; mais cette province était située, comme il apprit plus tard, dans un pays où, pour la même somme, il eut pu acquérir un empire. Bref, le pauvre Pierre était devenu si maigre, si efflanqué à la suite de cette dernière tentative, que les épouvantails juchés sur les arbres fruitiers lui faisaient des signes d’intelligence, le prenant pour un confrère.

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