‹ Contes extraordinairesChapitre 13 sur 53 · IV

IV

La maison de Jeanne était heureuse et charmante. Le matin et le soir, la mère et les deux enfants disaient leurs prières en commun. On riait, on s’aimait, on s’embrassait, on se trouvait riche.

Quand les enfants rentraient, ils trouvaient sur le seuil de la porte la vieille et charmante Jeanne, qui les recevait avec une égale tendresse. Jeanne ne cherchait que le bonheur des autres: par conséquent, elle faisait le sien. Marie et Ives l’entouraient de leur affection, et, plus ils s’aimaient, plus ils aimaient leur mère; tandis que Rosine, en détachant sa fille de son mari, l’avait, par une punition merveilleuse, détachée de sa mère en même temps.

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Un dimanche du mois de juillet, Marie et Ives allaient à l’église. Ils rencontrèrent Blanche qui marchait en sens inverse. Marie avait toujours ses habits de paysanne. Blanche avait adopté ceux des grisettes de la ville. Blanche arrêta sa cousine par le bras:

--Il faut que je te parle, lui dit-elle d’un air sombre.

--Je veux bien, dit Marie; la messe n’est pas encore sonnée. Ives fera un tour le long de l’eau.

--Vois-tu, dit Blanche à sa cousine, d’une voix saccadée, Bertham a un secret. Il peut nous donner tout l’argent que nous voudrons. Je pars pour Paris avec ma mère. Bertham sera notre domestique. Nous serons riches, riches, riches, entends-tu?

--Et Louis! répondit Marie.

--Louis se dérange, dit Blanche; je ne lui dois plus rien.

--Malheureuse! cria Marie, comment rendras-tu à Bertham son argent?

--Tu ne comprends donc pas? je te dis qu’il a un secret! cria Blanche presque tout haut, puis, baissant la voix: Il y a chez lui une boîte que j’ai touchée le jour de mon mariage.

--Eh bien? dit Marie, qui avait le frisson sans savoir pourquoi.

--Eh bien, dit Blanche d’une voix basse et précipitée, les petites pièces d’argent qu’on y met se changent en pièces d’or: nous partons pour Paris.

Marie regarda Blanche fixement.

--Au nom du ciel, refuse et reste, dit-elle.

Blanche dégagea ses deux mains de l’étreinte de Marie et partit sans répondre.

Deux jours après, ni Bertham, ni Rosine, ni Blanche n’étaient plus au village. Louis tomba dans un désespoir très voisin de la folie. Ives alla le trouver, le prit par la main, l’amena dans sa maison. Mais Louis resta dans une sorte d’hébétement, et on l’entendait chanter à voix basse une complainte monotone.

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