II
--Il fait froid, dit la vieille; rentrons.
Bientôt, les cinq jeunes filles furent assises autour de la cheminée de la cabane. La vieille avait pris place au fond de la cheminée. Sur un feu de tourbe tombait, suspendue à une crémaillère noire et enfumée, une vieille marmite de fonte ébréchée, d’où sortaient une vapeur légère et un petit murmure sourd. Un chat frileux dormait en rond dans la cendre; son ronron se mêlait au grondement de la marmite; au-dessus de lui brûlait, dans une petite pince de fer, une chandelle de résine. La chaumière basse et noire, à pignon pointu, n’avait pas de fenêtre; elle ne prenait jour que par la porte. Le sol n’était recouvert ni de planches, ni même de briques; il était seulement battu et durci. Le lit de vieux chêne eût été beau; mais les pieds vermoulus tenaient à peine. Une vieille armoire ornée de serrures de cuivre et un vieux coffre composaient tout le mobilier. Les poules avaient sans doute le même logis que la vieille: de petits paniers suspendus aux murs indiquaient qu’elles venaient là pondre leurs œufs et élever leurs couvées. Une bonne table occupait le milieu de la cabane, et une planche suspendue au-dessus de la table supportait la provision de lard et de fromage.
Le soleil était couché; on n’apercevait plus que les teintes pourpres de ses derniers reflets; une petite poule noire, couchée dans un panier, montrait sa petite tête, curieuse et immobile.
--Voyons, mère Marie, dit une jeune fille, contez vite l’histoire, car nous voulons aller danser.
--Si vous voulez aller danser, n’écoutez pas l’histoire, dit la vieille.
--Tais-toi donc, Jeanne, dit Ivonne. Pardonnez à cette enfant, mère Marie, et contez-nous l’histoire.
--Il n’est pas en votre pouvoir de me fâcher, dit la vieille femme; vous ne pouvez que vous faire du mal à vous-mêmes, si vous n’êtes pas sages. Vous pouvez attrister vos anges gardiens; vous n’avez pas prise sur moi. Retenez ce que je vous dis.