‹ Contes extraordinairesChapitre 16 sur 53 · I

I

Ce jour-là, bien que ce ne fût pas un dimanche, on voyait dans les sentiers, le long des prés, les jeunes filles en habit de fête. Elles avaient le jupon de drap orné de galon; elles avaient le corsage rouge et noir, et la grande coiffe de mousseline. C’est que, ce jour-là, Ivonne s’était mariée à Jean-Marie. Jean avait tiré au sort il y avait un mois; il avait eu un bon numéro; on avait fait bien vite la noce. Marie avait seize ans; Jean en avait vingt et un; les deux enfants pouvaient entrer en ménage.

La journée allait finir; le repas de noce était fait. Ivonne aurait craint quelque malheur si elle n’eût porté quelques débris du repas solennel à la vieille Marie.

La vieille Marie était respectée dans le canton. Elle donnait, disait-on, de bons conseils. Elle vivait seule, ne prenant part à aucune fête. Nul ne savait ce qui se passait ni en elle, ni chez elle. Les paysans la suspectaient, et en même temps la révéraient.

Ivonne, suivie de quelques jeunes filles curieuses et presque effrayées, alla donc faire visite à la vieille. Elles la trouvèrent assise sur le seuil de sa cabane.

--Tenez, mère Marie, dit Ivonne en approchant, voici un gâteau qui vient de mon dîner de noce, un gâteau de froment.

--Merci, dit la vieille sans lever les yeux.

--Voyons, mère Marie, dit encore Ivonne, est-ce que notre visite ne vous est pas agréable?

--Les jeunes gens croient toujours faire plaisir aux vieux, quand ils viennent les voir, répondit Marie la centenaire.

Marie avait, dit-on, cent trois ans.

--Il y a des vieux à qui la jeunesse rappelle le bonheur, ajouta-t-elle après un silence. Mais il n’en est pas ainsi pour tous les vieux!

--Que vous rappelle-t-elle, mère? dit Ivonne, d’une voix presque tremblante, mais en s’asseyant, comme une personne qui veut demeurer et insister pour savoir.

--Elle me rappelle mon histoire, dit Marie la centenaire.

--Ah! une histoire! crièrent les jeunes filles. Mère Marie, contez-nous une histoire.

La vieille les regarda d’un air mécontent.

--Mère, dit gravement Ivonne, qui n’avait pas pris part à la joie bruyante de ses compagnes, voulez-vous me dire votre histoire? Je suis une femme à présent. Peut-être pourrai-je profiter de vos paroles.

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