‹ Contes extraordinairesChapitre 39 sur 53 · IX

IX

Quelques jours après cet entretien, le baron, revenu à Paris, semblait plus calme qu’à l’ordinaire.

--Allons, très bien, disait la baronne: le docteur m’avait presque alarmée; mais je savais très bien, au fond, qu’il n’y avait aucun danger. Mon mari est un homme froid, je n’ai rien à craindre pour sa raison.

La nuit suivante, le baron se leva sur la pointe du pied, comme s’il eût peur d’être surpris et dérangé: il se rendit à sa galerie, déchira un à un tous les tableaux avec un canif, creva les toiles avec son genou une à une, et, la chose faite, sortit vers le matin.

Le concierge le vit passer et ne le reconnut pas.

--Quel est donc ce vieillard, dit-il à sa femme, qui a passé la nuit dans la maison?

Les cheveux du baron, noirs la veille, étaient blancs comme la neige.

On l’attendit pour déjeuner, on l’attendit pour dîner; il ne rentra pas. Fouillant dans les tiroirs, sa femme trouva un papier avec ces mots:

«Cette fois, je n’échapperai pas. La police est sur mes traces.»

--Je m’en étais toujours douté, dit-elle, il devait m’arriver malheur.

Le lendemain, le corps du baron fut trouvé dans la Seine à la hauteur du pont d’Austerlitz.

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