‹ Contes extraordinairesChapitre 40 sur 53 · X

X

--Vous me voyez désolé, mais non étonné, dit le docteur à la baronne. J’ai toujours regardé cette folie comme absolument incurable.

--Ah! docteur! il a tout détruit: je n’ai pas même son portrait.

--Vous l’aurez, madame, dit le docteur.

Huit jours après, le docteur tint sa promesse. Il apporta à la baronne une photographie.

Frappée au fond de l’âme, pour la première fois de sa vie peut-être, elle fut sur le point de s’évanouir.

--Ah! quelle ressemblance, dit-elle, quelle ressemblance! Docteur, comment avez-vous fait? Ceci n’est pas naturel. Ce n’est pas son portrait, c’est lui-même. Il va parler, j’ai peur.

Il y avait de l’horreur dans l’étonnement de cette femme. Elle jetait sur son mari et sur elle-même un premier regard.

--Mais enfin, docteur, comment avez-vous fait?

--Permettez-moi de garder le secret, madame.

· · ·

En effet, la chose était bien simple. Il avait suffi de dresser un appareil photographique devant le tableau du grand peintre:

Caïn après son crime.

ÈVE ET MARIE

Je voudrais aujourd’hui éclairer d’une lueur fantastique cette vérité que nous oublions:

Le laid c’est le mal.

L’esprit du mal ne nous promet pas seulement le plaisir; s’il s’attaque à une âme noble, il lui promet la beauté.

Il ment.

Aussi la métamorphose est une de ses plus grandes puissances.

Je veux jouir, dit l’homme.--Tu jouiras, dit l’esprit du mal, et il se fait richesse.

Je veux être honoré, dit l’homme.--Tu seras honoré, dit l’esprit du mal, tu partageras mes honneurs. Si tu désires, j’approche; si tu parles, je viens.

Mais un jour arrive où l’homme s’aperçoit que chacun de ses désirs est satisfait et que son âme n’est pas satisfaite.

Voici mon heure, dit alors l’esprit du mal, et il se présente pour saisir sa proie. Il n’est plus ni beauté, ni richesse, ni jouissance, il est lui-même; il ne tente plus, il dévore.

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