Berganza
Tu t’imagines bien que mon étrange apparition en sphinx leur avait déjà porté une assez rude atteinte. Toutefois, après une interruption passagère, elles avaient repris leur cours, mais j’en étais rigoureusement exclu. Il arrivait aussi qu’on représentait quelquefois, comme cela se pratique, des groupes entiers, et jamais Cécile n’avait voulu consentir à y prendre un rôle. À la fin pourtant, sur les pressantes instances de sa mère, appuyées des sollicitations du poète et du musicien, elle se laissa persuader, et promit de figurer dans la première académie mimique (nom distingué que ma Dame donnait à ses exercices) le personnage de la sainte sa patronne, dont le nom s’alliait si merveilleusement à son talent musical. À peine eut-elle engagé sa parole, que les deux amis s’empressèrent, avec une activité extraordinaire, de se procurer et d’arranger tout ce qui pouvait contribuer à la dignité et à l’effet de la représentation où leur charmante bien-aimée devait jouer le principal rôle. Le poète parvint à se procurer une fort bonne copie de la sainte Cécile de Carlo Dolce, qui est comme on sait à la galerie de Dresde ; et comme il était assez habile en fait de dessin, il exécuta lui-même des modèles de chaque partie des vêtements avec tant de précision, que le tailleur du théâtre de la ville put façonner à merveille en étoffes convenables les draperies du costume. Le musicien, de son côté, faisait le mystérieux, et laissait beaucoup à penser sur certaine surprise de son invention. En voyant ses amis tellement empressés pour lui plaire et rivalisant plus que jamais de compliments et d’attentions envers elle, Cécile prit un intérêt de plus en plus vif à ce rôle qu’elle avait d’abord obstinément refusé, et elle brûlait d’impatience de se voir au jour de la représentation qui arriva enfin.