‹ Contes fantastiques Tome VIChapitre 115 sur 159 · Berganza

Berganza

C’est cela. Néanmoins, écoute bien attentivement ce que je vais te dire. – Quelqu’un possède un champ que la nature s’est plu à féconder avec une rare prédilection. La terre y couve dans son sein toutes sortes de couches aux teintes merveilleuses et d’essences métalliques ; le soleil lui prodigue ses rayons les plus chaleureux et de précieux parfums ; si bien que les plus belles fleurs lèvent leurs têtes diaprées sur ce sol privilégié, et que de suaves émanations s’en exhalent vers les cieux comme un chœur de louange adressé à la bienfaisante Providence. Le maître de ce parterre veut le vendre, et il ne manquerait pas de gens tout disposés à aimer les charmantes fleurs, et à les cultiver avec soin. Mais lui-même a réfléchi que les fleurs ne sont qu’un ornement, et que leur parfum est stérile ; et puis la pièce de terre pourrait bien échoir à quelqu’un qui arracherait les fleurs et planterait à la place de bons légumes, des pommes de terre et des navets, ce qui offrirait une utilité positive puisque l’homme s’en rassasie, mais alors adieu pour jamais les belles et odorantes fleurs ! – Eh bien ! que dirais-tu de ce propriétaire, ou de ce planteur de légumes ?