‹ Contes fantastiques Tome VIChapitre 135 sur 159 · Berganza

Berganza

Sans aucun doute. D’une observation minutieuse et de la faculté de saisir les traits individuels de quelques personnages isolés, peut tout au plus résulter un portrait amusant, qui n’est susceptible d’intéresser que si l’on connaît l’original et si l’on peut juger par comparaison du plus ou moins d’habileté du peintre. Mais comme caractère scénique, un tel portrait servile, ou barbouillé à l’aide des traits saillants de divers personnages, manquera toujours de cette vérité profonde et poétique qu’on n’obtient que par une étude réfléchie et transcendante de la nature humaine. Bref, le poète dramatique ne doit pas tant connaître les hommes que l’homme. – Le regard du véritable artiste plonge et pénètre dans la plus intime profondeur de la nature, et c’est en absorbant dans son esprit comme dans un prisme ses réfractions les plus variées qu’il parvient à maîtriser son modèle.