Chapitre 3
Il en fut de même de la matinée du lendemain. Comme la veille, un concert et un bal devaient clore les plaisirs de la journée. Le général Rixendorf était déjà au piano, le conseiller de brocard avait le théorbe sous le bras, et la conseillère intime Foerd sa partie de chant à la main. On n’attendait plus que la présence du conseiller Reutlinger, lorsqu’on entendit retentir des cris d’angoisse, et qu’on vit les domestiques courir au fond du jardin.
Bientôt ils rapportèrent le conseiller aulique avec les traits bouleversés et pâle comme la mort. Le jardinier l’avait trouvé couché par terre profondément évanoui, non loin du pavillon du petit bois. – Rixendorf se leva précipitamment de devant le piano avec un cri d’effroi. On fit usage aussitôt de spiritueux, et l’on commença par frotter avec de l’eau de Cologne le front du conseiller qu’on avait étendu sur le canapé.
Mais l’ambassadeur turc s’empressa d’écarter tout le monde en s’écriant coup sur coup : « Finissez ! finissez ! ô gens ignorants et maladroits ! vous ne faites là qu’affaiblir et irriter en pure perte notre robuste et vaillant conseiller ! » À ces mots, il lança son turban dans le jardin par-dessus toutes les têtes, et le kaftan après. Puis il commença à décrire avec la main autour du conseiller aulique des cercles étranges qu’il rétrécissait graduellement, de telle sorte qu’à la fin il lui touchait presque les tempes et le creux de l’estomac. Puis il souffla son haleine sur le conseiller, qui ouvrit aussitôt les yeux et dit d’une voix faible : « Exter ! tu as eu tort de m’éveiller ! – Une puissance ténébreuse m’a annoncé ma fin prochaine, et peut-être m’était-il accordé de passer à mon insu de cette léthargie au sommeil de la mort.
— Sottises, rêveries ! s’écria Exter, ton heure n’est pas encore venue. Regarde seulement autour de toi, mon bon frère, vois où tu es, et redeviens joyeux comme il convient d’être. »
Le conseiller aulique s’aperçut alors qu’il se trouvait dans le salon en pleine compagnie. Il se leva vivement du canapé, fit quelques pas en avant, et dit avec un gracieux sourire : « Je vous ai donné là un méchant spectacle, mes honorables hôtes ! Mais il n’a pas dépendu de moi que ces maladroits me portassent autre part qu’ici. Hâtons-nous d’oublier ce fâcheux intermède : dansons ! » – La musique commença aussitôt ; mais au moment où tout le monde était occupé à se saluer révérencieusement dans le premier menuet, le conseiller aulique se glissa hors du salon avec Exter et Rixendorf.
Lorsqu’ils furent arrivés dans une chambre éloignée, Reutlinger se laissa tomber épuisé dans un fauteuil, et, cachant son visage dans ses mains, il dit d’une voix suffoquée par la douleur : « Ô mes amis ! mes amis ! »
Exter et Rixendorf supposaient avec raison que quelque accident fatal avait amené cette crise, et que le conseiller allait leur faire connaître la vérité. – « Conviens-en, mon vieil ami, dit Rixendorf, il t’est arrivé dans le jardin quelque chose de funeste ! Dieu sait de quelle manière !
— Mais, interrompit Exter, je ne conçois pas du tout comment quelque chose de fâcheux pourrait arriver au conseiller, surtout à cette époque où son principe sidéral brille d’un éclat plus pur et plus beau que jamais.
— Pourtant ! pourtant, Exter ! reprit le conseiller d’une voix sourde, ce sera bientôt fait de moi ! l’audacieux provocateur d’esprits n’aura pas frappé impunément aux portes de leur sombre empire. Je te le répète, une puissance mystérieuse m’a permis de jeter un regard derrière la toile. – Une mort prochaine, une mort affreuse peut-être m’est annoncée !
— Mais dis-moi donc ce qui t’est arrivé, répéta Rixendorf avec impatience, je parie que tout se réduit à un rêve de ton imagination ; toi et Exter vous gâtez votre vie à plaisir avec vos chimères extravagantes.
— Apprenez donc, dit le conseiller en se levant de son fauteuil et se plaçant entre ses deux amis, quelle émotion d’horreur et d’effroi m’a plongé dans ce profond évanouissement. Vous étiez déjà tous rassemblés dans le salon, lorsque, je ne sais moi-même à quel propos, il me prit la fantaisie de faire encore un tour seul dans le jardin. Mes pas se dirigèrent involontairement vers le petit bois. Là il me sembla tout à coup entendre un léger frôlement et le sourd murmure d’une voix plaintive. – Les sons semblaient venir du pavillon : je m’approche ; la porte du pavillon est ouverte, et j’aperçois – moi-même ! – moi en personne, mais tel que j’étais il y a trente ans, avec le même habit que je portais dans ce jour de funeste mémoire où je songeais à me soustraire au plus amer désespoir en mettant fin à une vie misérable, lorsque Julie m’apparut comme une ange de lumière dans sa parure nuptiale… C’était le jour de son mariage. – Eh bien, mon image, moi, mon propre individu, était agenouillé dans le pavillon devant le cœur rouge, et murmurait en frappant dessus de manière à lui faire rendre un son creux : “Jamais, jamais tu ne pourras donc t’attendrir, cœur de pierre !” – Je demeurai stupéfait et immobile, un frisson mortel vint glacer mes veines. Soudain j’aperçois Julie dans tout l’éclat de sa parure nuptiale, rayonnante de fraîcheur et de beauté, qui s’avance sous les arbres et qui tend les bras vers mon image, cet autre moi plus jeune de trente ans, avec l’expression de la plus vive tendresse. Je tombai sans connaissance ! »
Le conseiller, à ces mots, retomba encore à demi évanoui dans le fauteuil ; mais Rixendorf saisit ses deux mains, les secoua et lui cria d’une voix forte : « Quoi ! c’est là tout ce que tu as vu, mon ami, tu n’as vu que cela, rien que cela ? – Nous ferons une décharge de tes canons japonais en signe de victoire ! Quant à ta mort prochaine, quant à l’apparition de ton Sosie, ce n’est rien, rien du tout ! Tu vivras encore longtemps sur cette terre, et j’espère te guérir de tes mauvais rêves, en te montrant leur peu de réalité. »
En même temps, Rixendorf se précipita hors de la chambre plus vite que son âge ne semblait devoir le permettre. Il était douteux que le conseiller eût entendu les paroles de Rixendorf ; car il était encore abattu et les yeux fermés. Exter se promenait à grands pas de long en large, il fronçait le sourcil et disait avec humeur : « Je parie que cet homme songe encore à expliquer tout cela d’une manière naturelle ; mais il n’y parviendra pas aisément, n’est-il pas vrai, cher conseiller ? Nous nous connaissons aux apparitions ! – Je voudrais bien seulement avoir mon kaftan et mon turban. » En parlant ainsi, il tira de son gousset un petit sifflet d’argent, qu’il portait constamment sur lui, et en donna un coup prolongé. Presque immédiatement un de ses Maures parut, et lui remit en effet le turban et le kaftan.
Bientôt après entra la conseillère intime Foerd, suivie de son mari et de sa fille Julie. Le conseiller aulique se leva promptement, et, tout en assurant qu’il était parfaitement guéri, il se sentit effectivement beaucoup mieux. Il demanda qu’il ne fût plus question de cet incident, et ils allaient retourner tous dans le salon, à l’exception d’Exter, qui s’était étendu sur le sofa dans son costume turc, et qui buvait du café en fumant dans une pipe démesurément longue, dont le fourneau, posé sur des roulettes, glissait en tous sens sur le parquet. Mais tout à coup la porte s’ouvrit, et Rixendorf s’élança dans la chambre. Il tenait par la main un jeune homme vêtu de l’ancien costume militaire. C’était Max, dont l’aspect fit frissonner le conseiller aulique.
« Tu vois ici ton double, mon ami, l’objet de ton illusion chimérique, s’écria Rixendorf. C’est moi qui ai retenu ici mon excellent Max, et qui lui ai fait donner par ton valet de chambre un habit de ta garde-robe, pour qu’il pût figurer convenablement avec nous. C’était lui qui était agenouillé près du cœur dans le pavillon. Oui, devant ton cœur de pierre, oncle dur et insensible ! tu as vu prosterné ton neveu, lui que tu as impitoyablement repoussé loin de toi sous l’influence d’une vision chimérique ! Si le frère a manqué grièvement au frère, il a expié depuis longtemps ses torts en mourant accablé de la plus profonde misère. – Voilà l’orphelin sans soutien, voilà ton neveu, appelé Max comme toi, ton fidèle portrait au physique comme au moral ; on le prendrait pour ton propre fils. L’enfant et le jeune homme ont courageusement lutté contre les vagues mugissantes du torrent de la vie. – Allons ! – Fais-lui bon accueil, que ce cœur inflexible s’attendrisse ! tends-lui une main bienfaisante, pour qu’il ait au moins un appui, si le malheur déchaînait sur lui de trop violentes tempêtes. »
Le jeune homme, avec une contenance humble et respectueuse, des larmes brûlantes dans les yeux, s’était approché du conseiller. Celui-ci était là pâle comme un spectre, les yeux étincelants, la tête rejetée orgueilleusement en arrière, muet et glacé ; mais quand le jeune homme voulut prendre sa main, il recula de deux pas avec un geste de répulsion, et il s’écria d’une voix terrible : « Traître ! – Viens-tu ici pour m’assassiner ? – Va-t-en ! fuis loin de moi ! oui, tu te fais un jouet de mon cœur, de moi-même ! – Et toi aussi, Rixendorf, tu prêtes les mains à la puérile comédie dont on cherche à me rendre la dupe ! – Va-t-en ! te dis-je ; fuis loin d’ici, loin de mes yeux, toi qui es né pour ma perte, toi le fils du plus infâme scé…
— Arrête ! s’écria soudain Max, dont les yeux lançaient des éclairs de colère et de désespoir, arrête, oncle dénaturé ! frère barbare et impitoyable ! toi qui as accumulé de prétendus griefs contre mon pauvre malheureux père, qui eut à se reprocher peut-être un excès de légèreté, mais qui ne conçut jamais la pensée d’un crime, toi qui as provoqué sur sa tête l’opprobre et le déshonneur ! – Ô malheureux fou que j’étais d’avoir pu croire un seul moment que je parviendrais jamais à émouvoir ce cœur de pierre, et à réparer à tes yeux les torts de mon père en t’entourant d’affection et de dévouement ! – C’est abandonné de tout le monde, sur le grabat de la misère, mais pressé dans les bras d’un fils désolé, que mon père a terminé sa triste existence. – Eh bien ! – “Max ! me dit-il, fais un acte de vertu : réconcilie à ma mémoire un frère implacable… Deviens son fils !” Telles furent les dernières paroles qu’il prononça. Mais tu me repousses, comme tu repousses tout ce qui s’approche de toi avec amour et dévouement, tandis que tu te laisses mystifier par des hallucinations absurdes et diaboliques ! – Eh bien, meurs donc seul et délaissé ! que de cupides valets guettent incessamment ton heure dernière et se partagent tes dépouilles avant même que tes yeux, fatigués de la vie, ne soient entièrement clos. Au lieu des soupirs plaintifs, des regrets sincères de ceux qui voulaient adoucir par leur amour le reste de ta vie, que tu entendes en mourant les rires moqueurs, les insolentes plaisanteries des mercenaires, dont tu auras vainement acheté les soins à prix d’or ! – Jamais, jamais tu ne me reverras plus. »
Le jeune homme allait se précipiter dehors, quand il vit Julie prête à tomber par terre et poussant de douloureux sanglots. Il s’élança promptement vers elle, la reçut dans ses bras, et la pressant tendrement sur son sein, il s’écria avec l’accent déchirant d’un désespoir inconsolable : « Ô Julie, Julie ! tout espoir est perdu ! »
Reutlinger était resté immobile, tremblant de tous ses membres, et sans proférer une parole ; ses lèvres, convulsivement serrées, ne pouvaient articuler une syllabe. Mais lorsqu’il aperçut Julie dans les bras de Max, il poussa des cris violents comme un insensé. Il s’avança vers eux d’un pas hardi et vigoureux, il saisit la jeune fille dans ses bras, et, la soulevant en l’air, il lui demanda d’une voix étouffée : « Aimes-tu ce Max, Julie ? – Comme ma vie ! répliqua Julie avec l’expression de la plus amère douleur. Le poignard que vous enfoncez dans son cœur a traversé ma poitrine ! »
Alors le conseiller la reposa lentement par terre, et la fit asseoir avec précaution dans un fauteuil. Puis il resta là, les deux mains croisées sur son front. Le silence de la tombe régnait autour de lui. Pas un mot, pas un mouvement de la part des témoins de cette scène. – Enfin le conseiller tomba sur ses deux genoux, une vive rougeur vint enflammer ses traits, et ses yeux se remplirent de larmes. Il leva la tête, étendit les deux bras vers le ciel, et dit d’une voix basse et solennelle : « Puissance impénétrable et éternelle ! c’était ta suprême volonté. – Ma vie agitée n’a été que le germe enfoui dans le sein de la terre, et d’où surgit l’arbre vigoureux qui porte des fleurs et des fruits magnifiques. – Ô Julie, Julie ! – ô pauvre fou aveuglé que je suis !… »
Le conseiller aulique se voila le visage, on l’entendit sangloter. Cela dura quelques minutes, puis Reutlinger se leva tout à coup avec impétuosité, il s’élança vers Max, qui restait là interdit, et le pressant sur sa poitrine, il s’écria comme hors de lui-même : « Tu aimes Julie : tu es mon fils ! – non, mieux que cela, tu es moi, – moi-même. – Tout t’appartient, tu es riche, très riche, tu as une campagne, des maisons, de l’argent comptant. – Laisse-moi rester auprès de toi, tu me donneras le pain de la charité dans mes vieux jours, – n’est-ce pas, tu le veux bien ? – car tu m’aimes, toi ! n’est-ce pas ? Il faut bien que tu m’aimes, n’es-tu pas moi-même ! – ne crains plus mon cœur de pierre, presse-moi bien fort contre ta poitrine, les battements du tien l’attendriront ! – Max ! Max, mon fils ! – mon ami, – mon bienfaiteur ! »
Il poursuivit ainsi, sur ce ton, au point que tout le monde s’inquiétait de ces transports frénétiques d’une sensibilité exaltée. Rixendorf, en ami prudent, parvint enfin à le calmer, et le conseiller, plus maître de lui-même, comprit seulement alors tout ce qu’il avait réellement gagné en cet excellent jeune homme, et s’aperçut avec une profonde émotion que la conseillère intime Foerd voyait aussi dans l’union de sa Julie avec le neveu de Reutlinger, renaître pour ainsi dire une époque de félicité perdue pour elle depuis bien longtemps.
Le conseiller Foerd manifestait une grande satisfaction ; il prenait beaucoup de tabac, et exprimait son assentiment dans un français bien correct et prononcé suivant toutes les règles. Il s’agissait avant tout de faire part de cet événement aux deux sœurs de Julie ; mais on ne pouvait les trouver nulle part. On avait déjà cherché la petite Nanette dans les grands vases du Japon qui garnissaient le vestibule, et où elle aurait bien pu se laisser tomber, en se penchant trop par-dessus les bords, mais en vain ; enfin on la découvrit endormie sous un rosier touffu, où elle se distinguait à peine. On joignit aussi Clémentine dans une allée écartée du parc, où elle déclamait en ce moment à haute voix après le jeune homme blond qu’elle avait en vain poursuivi : « Oh ! souvent l’homme s’aperçoit bien tard combien il fut aimé, combien il fut ingrat et oublieux, et combien était grand le cœur qu’il méconnut ! » – Les deux sœurs témoignèrent d’abord un peu d’humeur du mariage de leur sœur, plus jeune qu’elles, mais aussi de beaucoup plus belle et plus attrayante. La médisante Nanette surtout fit la grimace avec son petit nez retroussé ; mais Rixendorf la prit à part et lui fit entendre qu’elle pourrait bien avoir un jour un mari beaucoup plus distingué, avec une propriété encore plus belle. Alors elle redevint contente, et chanta de nouveau son refrain : Amenez vos troupeaux, bergères ! Pour Clémentine, elle dit très sérieusement et avec emphase : « Dans la vie conjugale, les plaisirs calmes et faciles, le bonheur domestique circonscrit entre quatre murailles étroites, ne sont qu’un accessoire de peu d’importance. Ce qui en constitue l’essence, la vitalité, ce sont les torrents d’amour qui coulent de deux cœurs sympathiques comme des flots de naphte flamboyants, pour se réunir et se confondre dans une harmonieuse unité ! »
La société du salon, déjà avertie de ces circonstances étranges et joyeuses, attendait le couple d’époux avec impatience pour se livrer aux félicitations d’étiquette. Le conseiller de brocard, qui avait tout vu et tout entendu par la fenêtre, remarqua d’un air très fin : « Je comprends à présent pourquoi le pauvre Max attachait à son bouc tant d’importance ; car s’il avait été une fois en prison, il n’y avait plus moyen de songer à une réconciliation. » Tout le monde, Willibald le premier, approuva cette sage réflexion.
Comme les principaux acteurs de notre histoire allaient donc quitter la chambre pour rentrer au salon, l’ambassadeur turc, qui était resté si longtemps silencieux sur le sofa, et qui n’avait témoigné de sa participation à tout cela, qu’en faisant glisser sa pipe dans tous les sens avec les grimaces les plus étranges, se leva subitement comme un fou et se précipita entre les deux fiancés : « Quoi – quoi, s’écria-t-il, s’épouser tout de suite ! conclure ce mariage ainsi, à l’improviste ! – Je rends justice à tes talents, Max, à ton zèle laborieux, mais tu n’es qu’un apprenti dans la vie, sans expérience, sans acquit, sans usage du monde. Tu marches les pieds en dedans, et tu es incivil dans ton langage, comme je l’ai remarqué tout à l’heure lorsque tu as tutoyé ton oncle, le conseiller aulique Reutlinger ! Allons, mon garçon ! il faut courir le monde ! – à Constantinople ! – là tu apprendras tout ce qu’il faut savoir dans la vie, et à ton retour tu épouseras à ton aise cette charmante et jolie enfant, ma chère Juliette. »
Tout le monde parut fort surpris de ce conseil d’Exter. Mais celui-ci prit le conseiller aulique à part ; tous deux se placèrent en face l’un de l’autre, se mirent mutuellement les mains sur les épaules, et échangèrent quelques mots arabes. Puis Reutlinger s’approcha de Max, lui prit la main, et lui dit très doucement et amicalement : « Mon cher et bon fils Max, mon ami ! fais-moi ce plaisir, va à Constantinople ; cela peut demander six mois tout au plus, et ensuite nous ferons joyeusement la noce ici ! » – Malgré toutes les protestations de sa fiancée, Max dut partir pour Constantinople.
Maintenant, bien-aimé lecteur, je pourrais bien à propos terminer là mon récit, car tu peux aisément imaginer qu’après être revenu de Constantinople, où il avait vu la marche de marbre sur laquelle le chien de mer avait déposé l’enfant devant Exter, ainsi que beaucoup d’autres choses remarquables, Max se maria sans obstacle avec Julie ; et tes exigences ne vont pas sans doute jusqu’à vouloir savoir quelle était la parure de la mariée, et combien d’enfants l’heureux couple a procréés jusqu’à ce jour.
Il ne me reste qu’une seule chose à ajouter, c’est que le jour de la Nativité de la Vierge de l’année 18–, Max et Julie étaient agenouillés en face l’un de l’autre près du cœur du pavillon. D’abondantes larmes coulaient de leurs yeux sur cette froide pierre ; car elle recouvrait alors le cœur, hélas ! trop cruellement ulcéré du bon conseiller aulique. Non pour imiter le cénotaphe de lord Horion, mais parce que rien ne pouvait mieux résumer la vie et les souffrances de son pauvre oncle, Max avait de sa propre main gravé ces mots dans la pierre :
Il repose !
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